Un premier groupe a soutenu que le cerveau est froid uniquement afin de refroidir la chaleur qui se trouve dans le cœur, pour la ramener de l’excès à l’équilibre.
Un second groupe a réfuté cette thèse (1) et a déclaré : « Si cela était vrai, le cerveau ne serait pas éloigné du cœur ; il devrait plutôt l’envelopper, comme les poumons, ou au moins se trouver tout près de lui dans la poitrine, afin d’en briser l’ardeur. »
Le premier groupe répliqua : « L’éloignement du cerveau par rapport au cœur n’ôte rien à la sagesse que nous avons exposée ; car s’il s’en approchait, la chaleur du cœur, par sa vigueur, le dominerait. On a donc instauré entre eux une distance telle qu’ils ne se corrompent pas mutuellement, et que la qualité de chacun soit équilibrée (2) par celle de l’autre. Il n’en va pas de même des poumons, qui ne sont qu’un instrument destiné à éventer le cœur et non à modérer sa chaleur. »
Un troisième groupe adopta une position médiane et dit : « Le cerveau est bien chaud, mais d’une chaleur atténuée ; il possède par nature un pouvoir rafraîchissant, car il constitue le siège de l’intellect (al-dhihn). Or l’intellect a besoin d’un lieu calme, stable, exempt d’impuretés (3) et de troubles, éloigné de tout tumulte et vacarme (4). »
C’est pourquoi la réflexion, la réminiscence et la découverte de la vérité s’épanouissent lorsque le corps est au repos, que ses mouvements se relâchent et que ses préoccupations et sollicitations sont rares. Le cœur ne convenait donc pas à cette fonction, tandis que le cerveau, grâce à son tempérament équilibré, y est parfaitement apte.
Ainsi, ces facultés excellent la nuit et dans les lieux retirés, et se détériorent