vers ce qui est aimé ; du désir insatiable et de l’avidité vers l’ascèse et le contentement ; de la prison de la dunyâ (le bas-monde) à l’immensité de l’âkhira (l’au-delà) ; de l’étroitesse de l’ignorance à la vaste étendue du savoir ; de la maladie de la passion et de l’attachement à cette demeure terrestre au remède qu’est le retour vers Allah et le détachement de la dâr al-ghurûr (demeure trompeuse) ; du malheur de la cécité, de la surdité et de la mutité à la bénédiction de la vue, de l’ouïe, de la compréhension des signes divins et de la raison qu’Il accorde ; enfin, des maladies du doute à la fraîcheur de la certitude et à la sérénité du cœur.
En somme, la racine de toute obéissance réside dans la méditation.
De même, la racine de tout péché naît du côté de la pensée : lorsque Satan trouve la terre du cœur vide et inoccupée, il y sème la graine des pensées pernicieuses ; celles-ci engendrent les intentions et les résolutions (1), et de ces dernières naît l’action. Mais si la terre du cœur est déjà occupée par les semences de pensées salutaires — à propos de la raison de notre création, de ce qui nous est ordonné et de ce qui a été préparé pour nous, qu’il s’agisse d’une félicité éternelle ou d’un châtiment douloureux — alors il ne trouve plus d’emplacement pour ses semences. C’est comme l’a dit le poète :
« Son amour m’atteignit avant que je connusse l’amour ;
il trouva un cœur vacant et s’y établit. » (2)
Si l’on objecte : « Vous avez évoqué la pensée, son utilité et la grandeur de son influence, tant dans le bien que dans le mal ; quel est donc l’objet sur lequel elle doit porter et dans lequel elle doit s’exercer ? Car son but ne saurait être atteint sans préciser l’objet même de la réflexion ; réfléchir sans objet (3) à méditer est chose impossible. »