Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

vers ce qui est aimé ; du désir insatiable et de l’avidité vers l’ascèse et le contentement ; de la prison de la dunyâ (le bas-monde) à l’immensité de l’âkhira (l’au-delà) ; de l’étroitesse de l’ignorance à la vaste étendue du savoir ; de la maladie de la passion et de l’attachement à cette demeure terrestre au remède qu’est le retour vers Allah et le détachement de la dâr al-ghurûr (demeure trompeuse) ; du malheur de la cécité, de la surdité et de la mutité à la bénédiction de la vue, de l’ouïe, de la compréhension des signes divins et de la raison qu’Il accorde ; enfin, des maladies du doute à la fraîcheur de la certitude et à la sérénité du cœur.

En somme, la racine de toute obéissance réside dans la méditation.

De même, la racine de tout péché naît du côté de la pensée : lorsque Satan trouve la terre du cœur vide et inoccupée, il y sème la graine des pensées pernicieuses ; celles-ci engendrent les intentions et les résolutions (1), et de ces dernières naît l’action. Mais si la terre du cœur est déjà occupée par les semences de pensées salutaires — à propos de la raison de notre création, de ce qui nous est ordonné et de ce qui a été préparé pour nous, qu’il s’agisse d’une félicité éternelle ou d’un châtiment douloureux — alors il ne trouve plus d’emplacement pour ses semences. C’est comme l’a dit le poète :

« Son amour m’atteignit avant que je connusse l’amour ;
il trouva un cœur vacant et s’y établit. » (2)

Si l’on objecte : « Vous avez évoqué la pensée, son utilité et la grandeur de son influence, tant dans le bien que dans le mal ; quel est donc l’objet sur lequel elle doit porter et dans lequel elle doit s’exercer ? Car son but ne saurait être atteint sans préciser l’objet même de la réflexion ; réfléchir sans objet (3) à méditer est chose impossible. »

(1) Pluriel de azm (la résolution) ; terme de formation récente. (2) Ce vers est attribué à Yazid b. al-Tathriya dans Akhbar Abi Tammam, p. 264, ainsi que dans al-Muwazana, vol. 1, p. 69 ; sa notice figure aussi dans Wafayat al-ayan, vol. 6, p. 370. D’autres sources le rattachent à Majnun Bani Amir (Diwan, p. 219 ; d’après al-Bayan wa-t-tabyin, vol. 2, p. 42, et al-Hayawan, vol. 1, p. 169 et vol. 4, p. 167) ou encore à Umar b. Abi Rabiʿa dans Uyûn al-akhbar, vol. 3, p. 9. (3) Le manuscrit N porte : « fa-fakkara bi-ghayr ».
إلى المحابِّ، ومن الرغبة والحرص إلى الزهد والقناعة، ومن سجن الدنيا إلى فضاء الآخرة، ومن ضيق الجهل إلى سَعة العلم ورَحْبه، ومن مرض الشهوة والإخلاد إلى هذه الدار إلى شفاء الإنابة إلى الله والتجافي عن دار الغرور، ومن مصيبة العمى والصَّمَم والبَكَم إلى نعمة البصر والسمع والفهم عن الله والعقل عنه، ومن أمراض الشبهات إلى بَرْد اليقين وثَلَج الصَّدر. وبالجملة؛ فأصلُ كلِّ طاعةٍ إنما هو الفكر. وكذلك أصلُ كلِّ معصيةٍ إنما يحدثُ من جانب الفكرة؛ فإنَّ الشيطانَ يصادفُ أرضَ القلب خاليةً فارغة، فيَبْذُرُ فيها حَبَّ الأفكار الرديَّة، فيتولَّدُ منه الإراداتُ والعُزوم (١)، فيتولَّدُ منها العمل. فإذا صادفَ أرضَ القلب مشغولةً ببَذْر الأفكار النافعة فيما خُلِقَ له وفيما أُمِرَ به وفيما هُيِّاء له وأُعِدَّ له من النعيم المقيم أو العذاب الأليم لم يجد لبَذْره موضعًا، وهذا كما قيل: أتاني هواها قبل أن أعرفَ الهوى ... فصادفَ قلبًا فارغًا فتمكَّنا (٢) فإن قيل: فقد ذكرتم الفكرَ ومنفعته وعِظَمَ تأثيره في الخير والشر، فما متعلَّقُه الذي ينبغي أن يُوقَعَ عليه ويجري فيه؟ فإنه لا يتمُّ المقصودُ منه إلا بذكر متعلَّقه الذي يقعُ الفكرُ فيه، وإلا ففكرٌ في غير (٣) متفكَّرٍ فيه محال.
(١) جمع عزم. محدثة. (٢) البيت ليزيد بن الطثرية في «أخبار أبي تمام» (٢٦٤)، و «الموازنة» (١/ ٦٩)، وترجمته من «وفيات الأعيان» (٦/ ٣٧٠). ولمجنون بني عامر في ديوانه (٢١٩) عن «البيان والتبين» (٢/ ٤٢)، و «الحيوان» (١/ ١٦٩، ٤/ ١٦٧)، وغيرهما. ولعمر بن أبي ربيعة في «عيون الأخبار» (٣/ ٩). (٣) (ن): «ففكر بغير».

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