entre les délices et les tourments immédiats de ce monde et ceux – éternels – vers lesquels on se dirige ; la différence n’est guère plus grande que celle qui sépare l’océan de la mince pellicule d’eau qui reste sur le doigt d’un homme après qu’il l’a plongé puis retiré de la mer : la goutte représente l’ici-bas, l’océan l’au-delà. Une telle certitude engendre chez lui la préférence de l’au-delà, le désir ardent de l’atteindre, la préparation complète qui s’impose, et la résolution de fournir pour elle l’effort qui lui est propre.
On appelle cette démarche : tafakkur (méditation), tadhakkur (rappel), nazar (examen), taʾammul (contemplation), iʿtibâr (réflexion comparative), tadabbur (réflexion approfondie) et istibsâr (clairvoyance intérieure). Ces notions sont voisines : elles se recouvrent sur certains points et se distinguent sur d’autres.
- On l’appelle tafakkur parce qu’il mobilise la fikra (1), c’est-à-dire la faculté de penser, et la maintient (2) présente à l’esprit.
- On l’appelle tadhakkur parce qu’il ramène à la conscience un savoir qu’il faut garder présent après qu’il s’est éclipsé et qu’on l’a oublié. À ce sujet, le Très-Haut dit : « Ceux qui craignent Allah, lorsqu’un souffle de Satan les effleure, se rappellent aussitôt, et les voilà clairvoyants. » [Al-Aʿrāf : 201]
- On l’appelle nazar parce qu’il s’agit d’une orientation du cœur vers la réalité examinée.
- On l’appelle taʾammul parce qu’il consiste à reprendre l’examen (3) encore et encore, jusqu’à ce que la chose devienne évidente et se dévoile au cœur.
- On l’appelle iʿtibâr, terme dérivé de ʿubūr (franchissement), parce que l’on passe du point sur lequel on a réfléchi à une connaissance supplémentaire, troisième, qui constitue précisément le but de l’iʿtibâr.
C’est pourquoi on parle aussi de ʿibra (leçon), mot formé sur le modèle des états – comme jilsa (position assise), rikba (position agenouillée) ou qitla (mise à mort) – pour indiquer que ce savoir est devenu un état permanent de son détenteur, à partir duquel il franchit le pas vers ce qu’il vise. Allah, exalté soit-Il, déclare : « Il y a certes dans leurs récits une leçon pour les doués d’intelligence. » [Yûsuf : 111]