le moindre doute puisse s’insinuer dans le cœur : on ne tombe alors ni dans la négligence ni dans l’indifférence à son égard.
De la même manière, si l’on présentait à un homme un mets d’une exquise saveur (1) et d’une douceur incomparable, alors qu’il est tenaillé par la faim, puis qu’on l’avertissait qu’il est empoisonné, il n’y toucherait pas ; il sait en effet que le mal qu’il récoltera au terme de son ingestion (2) l’emportera, en nocivité, sur le plaisir de le manger (3). Pourquoi donc la foi en l’au-delà ne tient-elle pas, dans son cœur, cette même place ? Cela ne tient qu’à la faiblesse, dans le cœur, de l’arbre de la science et de la foi qui y est liée, faute pour celui-ci d’y avoir pris racine.
De même, si un homme se trouvait en chemin et qu’on lui apprenait que la route est infestée de coupe-gorge et de brigands qui tuent quiconque ils rencontrent et s’emparent de ses biens, il ne l’emprunterait que dans deux cas : soit qu’il ne croie pas l’informateur, soit qu’il se sente sûr de pouvoir les vaincre, les dominer et en triompher. Mais s’il croit l’avertissement d’une foi exempte de tout doute et qu’il sait pertinemment sa propre faiblesse et son incapacité à leur résister, jamais il ne s’engagera sur cette voie.
Or, si ces deux formes de connaissance — la pleine conviction de l’information reçue et la conscience de sa propre impuissance — s’installaient en lui à propos du choix qu’il fait en préférant la vie d’ici-bas et ses passions, il ne s’y hasarderait jamais. Il en résulte donc clairement que le fait de privilégier l’immédiat (4) et de délaisser la préparation à l’au-delà ne saurait, à aucun moment, coexister avec une foi et une certitude parfaitement accomplies.
Seconde situation : l’homme est persuadé, avec une certitude absolue exempte de tout doute, qu’il possède une demeure autre que celle-ci, un lieu de retour pour lequel il a été créé ; il sait que cette demeure d’ici-bas n’est qu’un passage menant à ce retour, une étape parmi les haltes de ceux qui cheminent vers lui. Il sait en outre qu’elle est pérenne, que ses délices comme ses tourments ne disparaîtront jamais, et qu’il n’existe aucune comparaison possible