de voguer. Or, on ne vient à bout de cet obstacle qu’au moyen d’une pensée juste et d’une résolution sincère, grâce auxquelles on distingue (1) l’illusion de la réalité.
De même, lorsqu’il médite sur les conséquences des choses et que sa réflexion dépasse leurs débuts, il les place (2) à la place qui leur revient et en connaît les degrés.
Ainsi, si la tentation du péché et du désir se présente à lui, mais que sa pensée s’élève de la jouissance et de l’allégresse qu’en retirerait l’âme pour considérer la mauvaise issue et la peine ainsi que la tristesse qui en découleront – peines et tristesses qui ne sauraient compenser ce plaisir et cette joie –, celui qui réfléchit ainsi ne se résout pour ainsi dire jamais à s’y engager.
De même, lorsque son cœur est sollicité par le goût du repos, de la quiétude, de la paresse et de la tiédeur devant la fatigue des actes d’obéissance, puis que sa pensée franchit ce seuil pour contempler les délices, les bienfaits et les joies qui en découleront, au point que les douleurs ressenties au commencement se trouvent (4) noyées dans la perfection de leurs issues, plus sa réflexion s’enfonce dans cette perspective, plus son désir pour ces actes s’intensifie ; il lui devient alors facile d’en supporter la peine, et il les aborde avec entrain, vigueur et détermination.
De la même manière, s’il réfléchit au terme ultime de ce qui l’asservit – argent, prestige ou apparences – et qu’il considère cette fin avec l’œil de la raison, il aurait honte, pour son intellect et pour son âme, d’en être l’esclave, comme on l’a dit :
Si l’amoureux songeait à la fin
De la beauté qui l’enchaîne,
Jamais elle ne l’aurait pris. (5)