Parmi les maximes d’ash-Shâfiʿî : « Recourez au silence pour maîtriser la parole, et à la réflexion pour affiner la déduction. » (1)
Cela (2) s’explique par le fait que la réflexion est l’œuvre du cœur, tandis que l’adoration relève des membres ; or le cœur est plus noble que les membres, de sorte que son activité l’emporte en noblesse sur celle des membres.
De plus, la méditation mène son auteur, en matière de foi, à des sommets que la seule action ne lui fait pas atteindre (3). En effet, elle lève pour lui le voile sur la réalité des choses, les rend manifestes et lui permet de les distinguer (4) dans le bien comme dans le mal, de discerner le moins méritoire du plus méritoire, le plus vil du vil, de connaître les causes qui y conduisent ainsi que ce qui contrecarre ces causes et en annule l’effet, de faire la part entre ce qu’il convient de rechercher activement et ce dont il faut plutôt repousser les causes, et de distinguer entre l’illusion et l’imaginaire – qui, chez la plupart des âmes, empêche de saisir les occasions lorsqu’elles se présentent – et la cause véritablement empêchante (5), afin de s’occuper de cette dernière et non de la première.
Rien, en effet, ne coupe davantage le serviteur de sa perfection, de sa réussite et de son bonheur ici-bas et dans l’Au-delà que l’illusion qui envahit l’âme et l’imaginaire, monture – que dis-je, l’océan – dans lequel elle ne cesse de voguer.