Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Et voici Moïse, l’interlocuteur du Tout-Miséricordieux : il jeta les Tablettes où se trouvait la parole d’Allah, que Celui-ci avait écrite pour lui, et les projeta à terre (1) au point qu’elles se brisèrent. Il frappa l’Ange de la mort à l’œil et le lui creva (2). Il adressa des reproches à son Seigneur, la nuit de l’isrâ’ (l’Ascension nocturne), au sujet du Prophète ﷺ, et déclara : « Un jeune homme, envoyé après moi, fera entrer au Paradis davantage de gens de sa communauté que n’y entreront des miens. » (3) Il saisit encore la barbe d’Aaron et le tira vers lui (4), alors qu’il était un prophète d’Allah. Or rien de tout cela n’a diminué en quoi que ce soit son prestige auprès de son Seigneur, qui continue de l’honorer et de l’aimer ; car la mission que mena Moïse, l’ennemi qu’il affronta, la patience dont il fit preuve et les vexations qu’il endura pour Allah sont d’une portée telle que de semblables incidents ne peuvent les entamer, ni ternir son visage (5), ni abaisser son rang (6).

C’est là une vérité connue de tous et ancrée dans la nature humaine : celui qui possède des milliers de bonnes actions se voit volontiers passer une, deux ou quelque autre faute comparable, au point que l’élan qui pousse à le punir pour son offense entre en concurrence avec celui qui pousse à le remercier pour son bienfait, et c’est alors l’élan de la gratitude qui l’emporte

(1) Comme dans la sourate al-Araf, verset 150. (2) Rapporté par al-Bukhari, nº 1334, et Muslim, nº 2372. (3) Rapporté par al-Bukhari, nº 3207, et Muslim, nº 164. (4) Comme dans la sourate Ta-Ha, verset 94. (5) Le mot « bihi » ne figure pas dans les manuscrits T, Ḥ et N ; le verbe est donc à la forme active, c’est-à-dire : « cela ne le déprécie pas ni ne diminue sa valeur ». De même, al-Badiʿ écrit dans al-Maqamat (p. 123) : « La pauvreté a couvert son visage de poussière », c’est-à-dire l’a marqué. L’expression peut aussi venir de « il a soulevé de la poussière au visage d’Untel » quand il le distance. Voir al-Asas et al-Taj, entrée « ghabr ». Autrement dit, ce point n’altère en rien le rang ni la position de Moïse auprès de son Seigneur. (6) Voir : al-Radd ʿala l-Bakri, 2/718 ; Madarij al-Salikin, 2/456 ; et plus loin, p. 851.
وهذا موسى كليمُ الرحمن ﷿: ألقى الألواحَ التي فيها كلامُ الله الذي كتبه له، ألقاها على الأرض (١) حتى تكسَّرت، ولَطَمَ عينَ ملَك الموت ففَقأها (٢)، وعاتبَ ربَّه ليلة الإسراء في النبيِّ ﷺ، وقال: «شابٌّ بُعِثَ بعدي يدخلُ الجنةَ من أمَّته أكثرُ ممن يدخلُها من أمَّتي» (٣)، وأخذَ بلحية هارون وجَرَّه إليه (٤) وهو نبيُّ الله، وكلُّ هذا لم يُنْقِص من قَدْرِه شيئًا عند ربِّه، وربُّه تعالى يُكْرِمُه ويحبُّه؛ فإنَّ الأمرَ الذي قام به موسى، والعدوَّ الذي بَرَز له، والصبرَ الذي صَبَره، والأذى الذي أُوذِيَه في الله= أمرٌ لا تؤثِّرُ [فيه] أمثالُ هذه الأمور، ولا يُغَبَّرُ به في وجهه (٥)، ولا يخفضُ منزلتَه (٦). وهذا أمرٌ معلومٌ عند الناس مستقرٌّ في فِطَرهم: أنَّ من له ألوفٌ من الحسنات فإنه يُسامَحُ بالسيئة والسيئتين ونحوها، حتى إنه ليَخْتَلِجُ داعي عقوبته على إساءته، وداعي شكره على إحسانه، فيغلبُ داعي الشكر لداعي
(١) كما في سورة الأعراف: ١٥٠. (٢) أخرجه البخاري (١٣٣٤)، ومسلم (٢٣٧٢). (٣) أخرجه البخاري (٣٢٠٧)، ومسلم (١٦٤). (٤) كما في سورة طه: ٩٤. (٥) «به» ليست في (ت، ح، ن)، فيكون الفعل للمعلوم، أي: لا يعيبه ولا ينقص من قدره. كما قال البديع في «المقامات» (١٢٣): «غبَّر في وجهه الفقر»، أي: أثَّر فيه. ويجوز أن يكون من قولهم: «غبَّر في وجه فلان» إذا سبقه. «الأساس» و «التاج» (غبر). أي: أن هذا الأمر ليس مما يؤخِّر رتبة موسى ومنزلته من ربه. (٦) انظر: «الرد على البكري» (٢/ ٧١٨)، و «مدارج السالكين» (٢/ ٤٥٦)، وما سيأتي (ص: ٨٥١).

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