Harb al-Karmânî rapporte dans ses Masâ’il un hadith de même teneur, remontant au Prophète (1).
Ibrâhîm a dit : « Il m’est parvenu que, le Jour de la Résurrection, les bonnes actions d’un homme seront placées dans un plateau de la balance et ses mauvaises actions dans l’autre ; le plateau des bonnes actions s’élèvera (2). Lorsqu’il aura perdu tout espoir et pensera que l’Enfer l’attend, quelque chose semblable à un nuage viendra se poser du côté de ses bonnes actions, si bien que le plateau des mauvaises actions s’élèvera. On lui dira alors : “Reconnais-tu cela parmi tes propres œuvres ?” — “Non”, répondra-t-il. — “C’est le bien que tu as enseigné aux gens et qu’ils ont mis en pratique après toi.” (3)
Objection : les principes de la loi révélée exigent que l’ignorant bénéficie d’une indulgence qui n’est pas accordée au savant, et qu’il lui soit pardonné ce qui ne l’est pas au savant ; en effet, la preuve d’Allah contre le savant est plus solide que contre l’ignorant ; sa connaissance de la laideur du péché, de l’aversion d’Allah à son égard et de la sanction qu’il entraîne est plus grande que celle de l’ignorant, et la faveur qu’Allah lui a faite en lui confiant le savoir est plus grande également.
La Sharîʿa et le jugement d’Allah montrent que celui qui a été comblé de bienfaits, distingué par la grâce et la noblesse, puis a laissé son âme se mêler au bétail des passions, la faisant paître dans les pâturages de la perdition, osant violer les interdits sacrés et prenant à la légère les conséquences et les fautes, recevra un blâme et une rétribution d’une sévérité que ne subira pas celui qui n’est pas à son rang.
C’est dans ce sens que le Très-Haut a dit : « Ô femmes du Prophète ! Celle d’entre vous qui commettra une turpitude manifeste, son châtiment sera doublé deux fois ; et cela est facile pour Allah. » (Al-Ahzâb, 30)
Ainsi, la peine légale infligée à l’homme libre est le double de celle prescrite pour l’esclave en matière d’adultère, de calomnie et de consommation de vin.