ou qu’il prête l’oreille tout en étant lui-même témoin de ce qu’il tient de la Torah, ou encore qu’il la prête dans la perspective du témoignage qu’il rendra au Jour de la Résurrection. Or il ne fait aucun doute que tel n’est pas le sens voulu par le verset.
De plus, le verset est d’application générale : il s’adresse à toute personne dotée d’un cœur ou capable de prêter l’oreille. Comment prétendre qu’il se limiterait aux croyants parmi les Gens du Livre, détenteurs dans leurs Écritures d’un témoignage confirmant la description du Prophète ﷺ ?
Par ailleurs, la sourate est mecquoise ; il est donc inenvisageable que son discours s’adresse exclusivement aux Gens du Livre, surtout lorsqu’il fait dépendre la réalisation de son message de la vigilance du cœur et de l’écoute attentive. Comment pourrait-on dire qu’il concerne uniquement les Gens du Livre ?
Si l’on fait cette objection : « La partie qui leur est réservée est la parole : “et il est témoin” », l’erreur n’en est que plus grave. En effet, dans l’expression « et il est témoin », le pronom renvoie à l’ensemble précédemment mentionné, c’est-à-dire à quiconque possède un cœur ou prête l’oreille. Comment soutenir qu’il renverrait à une fraction seulement de ce groupe, alors que rien dans le texte ne l’indique ? Une telle prétention est d’une incohérence manifeste (1).
En outre, l’objet même du témoignage n’est pas exprimé et rien, dans la formulation, n’en fournit l’indice. Si le sens avait été : « et il est témoin de telle chose », la chose attestée aurait été mentionnée, puisqu’aucun élément contextuel ne la suggère. Il en va autrement si l’on comprend « témoin » au sens de présence attentive : ce terme n’appelle alors aucun complément, et la phrase se suffit à elle-même.
Enfin, le verset procède par une division, une alternative entre deux catégories ; la première : celui qui possède un cœur.