la marchandise d’autrui est supérieure à la sienne, il s’en détourne, convoite celle de l’autre et souhaiterait l’obtenir en échange de la sienne ; seul fait exception le possesseur de la marchandise de la science : jamais il ne désirerait troquer la moindre parcelle de son capital de savoir. (1)
Abû Jaʿfar al-Ṭaḥâwî raconte : « J’étais assis auprès d’Aḥmad ibn Abî ʿImrân (2) lorsqu’un homme tout entier voué à ce bas-monde passa devant nous. Je le regardai et, un instant, je me laissai distraire de la discussion que nous menions. Il me dit alors : “Je devine que tu réfléchis aux biens dont cet homme a été gratifié ici-bas.” — “C’est exact”, répondis-je. — “Veux-tu que je t’indique une voie ? Accepterais-tu qu’Allah transfère vers toi sa fortune et transfère vers lui la science que tu détiens, si bien que tu vivrais riche mais ignorant tandis que lui vivrait savant mais pauvre ?” Je répondis : “Je ne voudrais pas qu’Allah déplace la science que je possède vers ce qu’il détient.” »
La science est donc une richesse sans argent, une dignité sans clan, une autorité sans soldats.
À ce propos, on a dit :
La science est un trésor, un viatique inépuisable ;
Le meilleur des compagnons quand le compagnon demeure.
L’homme amasse des biens, puis en est bientôt privé ;
Il se retrouve couvert d’humiliation et de détresse.
Celui qui réunit la science en est envié à jamais ;
Il ne redoute ni qu’elle se perde ni qu’on la lui ravisse.
Ô toi qui rassembles la science, quel précieux capital tu accumules !
Ne l’échange jamais contre des perles ni contre de l’or. (3)