Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

la marchandise d’autrui est supérieure à la sienne, il s’en détourne, convoite celle de l’autre et souhaiterait l’obtenir en échange de la sienne ; seul fait exception le possesseur de la marchandise de la science : jamais il ne désirerait troquer la moindre parcelle de son capital de savoir. (1)

Abû Jaʿfar al-Ṭaḥâwî raconte : « J’étais assis auprès d’Aḥmad ibn Abî ʿImrân (2) lorsqu’un homme tout entier voué à ce bas-monde passa devant nous. Je le regardai et, un instant, je me laissai distraire de la discussion que nous menions. Il me dit alors : “Je devine que tu réfléchis aux biens dont cet homme a été gratifié ici-bas.” — “C’est exact”, répondis-je. — “Veux-tu que je t’indique une voie ? Accepterais-tu qu’Allah transfère vers toi sa fortune et transfère vers lui la science que tu détiens, si bien que tu vivrais riche mais ignorant tandis que lui vivrait savant mais pauvre ?” Je répondis : “Je ne voudrais pas qu’Allah déplace la science que je possède vers ce qu’il détient.” »

La science est donc une richesse sans argent, une dignité sans clan, une autorité sans soldats.

À ce propos, on a dit :

La science est un trésor, un viatique inépuisable ;
Le meilleur des compagnons quand le compagnon demeure.

L’homme amasse des biens, puis en est bientôt privé ;
Il se retrouve couvert d’humiliation et de détresse.

Celui qui réunit la science en est envié à jamais ;
Il ne redoute ni qu’elle se perde ni qu’on la lui ravisse.

Ô toi qui rassembles la science, quel précieux capital tu accumules !
Ne l’échange jamais contre des perles ni contre de l’or. (3)

(1) C’est-à-dire : «en échange, comme équivalent». Le Lisân (entrée khatar) relève déjà cet emploi, que l’auteur utilise fréquemment. Voir aussi la note sur Ṭarîq al-Hijratayn, p. 86. (2) Il s’agit du shaykh des ḥanafites, un érudit d’une vaste science, que a suivi aṭ-Ṭaḥâwî pour se former au fiqh ; il est mort en 280 h. Cf. Siyar, 13/334. (3) Ces vers sont attribués à Abû al-Aswad ad-Duʾalî ; on les trouve dans al-Faqîh wa-l-Mutafaqqih, 1/75, Nûr al-Qabas, p. 12, Târîkh Dimashq, 25/210, etc., ainsi que dans le Mustadrak de son Dîwân, p. 383. Certains les rapportent toutefois à un autre auteur.
أنَّ غيرَ بضاعته خيرٌ منها زَهِدَ في بضاعته ورَغِبَ في الأخرى وودَّ أنها له عِوَض بضاعته، إلا صاحب بضاعة العلم، فإنه ليس يحبُّ أنَّ له بحظِّه منها خَطرًا أصلًا (١). قال أبو جعفر الطحاوي: كنت عند أحمد بن أبي عمران (٢)، فمرَّ بنا رجلٌ من بني الدنيا، فنظرتُ إليه وشُغِلتُ به عما كنتُ فيه من المذاكرة، فقال لي: كأني بك قد فكَّرتَ فيما أُعطِي هذا الرجلُ من الدنيا. قلت له: نعم. قال: هل أدلُّك على خَلَّة؟ هل لك أن يحوِّل الله إليك ما عنده من المال ويحوِّل إليه ما عندك من العلم، فتعيش أنت غنيًّا جاهلًا ويعيش هو عالمًا فقيرًا؟ فقلت: ما أختارُ أن يحوِّل الله ما عندي من العلم إلى ما عنده. فالعلمُ غنًى بلا مال، وعزٌّ بلا عشيرة، وسلطانٌ بلا رجال. وفي ذلك قيل: العلمُ كنزٌ وذُخْرٌ لا نفادَ له ... نعمَ القرينُ إذا ما صاحبٌ صَحِبا قد يجمعُ المرءُ مالًا ثمَّ يُحْرَمُه ... عمَّا قليلٍ فيلقى الذُّلَّ والحَرَبا وجامعُ العلم مغبوطٌ به أبدًا ... ولا يُحَاذِرُ منه الفَوْتَ والسَّلَبا يا جامع العلم نعمَ الذُّخرتجمعُه ... لا تَعْدِلَنَّ به دُرًّا ولا ذهبا (٣)
(١) أي: عِوَضًا ومثيلًا. «اللسان» (خطر). واستعمال الخطر بهذا المعنى كثير الورود في كتب المصنف. وانظر التعليق على «طريق الهجرتين» (٨٦). (٢) شيخ الحنفية، كان من بحور العلم، لازمه الطحاوي وتفقَّه به (ت: ٢٨٠). انظر: «السير» (١٣/ ٣٣٤). (٣) الأبيات لأبي الأسود الدؤلي، في «الفقيه والمتفقه» (١/ ٧٥)، و «نور القبس» (١٢)، و «تاريخ دمشق» (٢٥/ ٢١٠)، وغيرها. وهي في مستدرك ديوانه (٣٨٣). وتنسبُ لغيره.

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