Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Al-Muzanî rapporte : « Lorsque ash-Shâfiʿî rencontrait un vieil homme, il l’interrogeait sur le hadith et la jurisprudence ; s’il avait quelque chose à transmettre, il l’écoutait, sinon il lui disait : “Qu’Allah ne t’accorde aucun bien ni pour toi-même ni pour l’islam ; tu t’es perdu toi-même et tu as perdu l’islam.” »

Un jour, l’un des califes abbassides jouait aux échecs. Son oncle demanda la permission d’entrer ; le calife la lui accorda et recouvrit l’échiquier. Lorsque son oncle s’assit, il lui dit : « Mon oncle, as-tu récité le Coran ? » — « Non. » — « As-tu consigné quelque chose de la Sunna ? » — « Non. » — « T’es-tu penché sur la jurisprudence et les divergences des savants ? » — « Non. » — « As-tu étudié la langue arabe et l’histoire des peuples ? » — « Non. » Le calife ordonna alors : « Découvre l’échiquier. » Il reprit la partie et toute réserve qu’il avait pour son oncle s’évanouit. Son partenaire lui dit : « Ô Commandeur des croyants, vous le découvrez alors qu’il y a ici quelqu’un devant qui vous devriez vous contenir (1) ? » — « Silence, il n’y a personne avec nous ! (2) »

Cela s’explique par le fait que l’être humain ne se distingue des autres créatures que par la part de science, de raison et d’intelligence qui lui est propre. Lorsqu’il en est dépourvu, il ne lui reste que ce qu’il partage avec le reste du règne animal, à savoir la pure animalité. De tels individus ne suscitent chez les gens ni pudeur ni retenue : en leur présence, on ne se prive pas de ce dont on se garderait devant les personnes de vertu et de savoir (3).

Cent quarantième aspect : tout détenteur d’une marchandise autre que la science, lorsqu’il apprend que

(1) Le manuscrit Q porte : « nahtashim minhu » (nous nous montrons réservés à son égard). La première lettre est omise dans les manuscrits N, T et H. (2) L’anecdote figure dans les Amâlî de Yahyâ b. al-Husayn ash-Shajarî, vol. 2, p. 312, où le calife mentionné est Sulaymân b. ʿAbd al-Malik. Elle est également attribuée à al-Walîd b. Yazîd b. ʿAbd al-Malik, alors héritier sous Hishâm, dans al-Jalîs wa-l-Anîs (4/87), ʿUyûn al-Akhbâr (2/120), al-Tadhkira al-Hamdûniyya (3/293), Târîkh Dimashq (68/204), Muhâdarât al-Udabâʾ (1/65), etc. (3) Le mot « min » ne figure pas dans les manuscrits T et Q.
وقال المزني: «كان الشافعيُّ إذا رأى شيخًا سأله عن الحديث والفقه، فإن كان عنده شيء، وإلا قال له: لا جزاك الله خيرًا عن نفسك ولا عن الإسلام؛ قد ضيَّعتَ نفسَك وضيَّعتَ الإسلام». وكان بعضُ خلفاء بني العباس يلعبُ بالشِّطرنج، فاستأذن عليه عمُّه، فأذنَ له وغطَّى الرُّقعة، فلما جلس قال له: يا عم، هل قرأتَ القرآن؟ قال: لا، قال: فهل كتبتَ شيئًا من السُّنَّة؟ قال: لا، قال: فهل نظرتَ في الفقه واختلاف الناس؟ قال: لا، قال: فهل نظرتَ في العربية وأيام الناس؟ قال: لا، فقال الخليفة: اكشِف الرُّقعة. ثمَّ أتمَّ اللعب، وزال احتشامُه وحياؤه منه، فقال له مُلاعِبُه: يا أمير المؤمنين تكشفُها ومعنا من تحتشِمُ منه (١)؟! قال: اسكت، فما معنا أحد! (٢). وهذا لأنَّ الإنسان إنما يتميزُ عن سائر الحيوان بما خُصَّ به من العلم والعقل والفهم، فإذا عَدِمَ ذلك لم يَبْقَ فيه إلا القَدْرُ المشتركُ بينه وبين سائر الحيوانات، وهو الحيوانيَّةُ البهيميَّة، ومثلُ هذا لا يستحيي منه الناسُ ولا يمتنعون بحضرته وشهوده مما يُسْتَحيى منه مِنْ (٣) أولي الفضل والعلم. الوجه الأربعون بعد المئة: أنَّ كلَّ صاحب بضاعةٍ سوى العلم إذا عَلِمَ
(١) (ق): «نحتشم منه». والحرف الأول مهمل في (ن، ت، ح). (٢) القصة في أمالي يحيى بن الحسين الشجري (٢/ ٣١٢)، والخليفة فيها سليمان بن عبد الملك. ونسبت للوليد بن يزيد بن عبد الملك، وكان ولي عهد خلافة هشام، في «الجليس والأنيس» (٤/ ٨٧)، و «عيون الأخبار» (٢/ ١٢٠)، و «التذكرة الحمدونية» (٣/ ٢٩٣)، و «تاريخ دمشق» (٦٨/ ٢٠٤)، و «محاضرات الأدباء» (١/ ٦٥)، وغيرها. (٣) «من» ليست في (ت، ق).

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