Khaythama ibn Sulaymân rapporta : « J’ai entendu Ibn Abî al-Khanâjir dire : Nous nous trouvions dans l’assemblée de Yazîd ibn Hârûn, la foule y était nombreuse. Le commandeur des croyants passa alors, s’arrêta devant nous – et l’on comptait des milliers de personnes – puis il se tourna vers ses compagnons et déclara : “C’est là la véritable royauté.” (1)
Al-Khaṭîb rapporte, dans son Histoire de Bagdad (2) : Abû n-Najîb ʿAbd al-Ghaffâr ibn ʿAbd al-Wâḥid m’a dit : j’ai entendu al-Ḥasan ibn ʿAlî al-Muqrîʾ dire : j’ai entendu Abû l-Ḥusayn ibn Fâris dire : j’ai entendu l’ustâdh Ibn al-ʿAmîd dire :
« Je n’imaginais pas qu’il pût exister en ce monde une douceur plus exquise que celle de l’autorité et du vizirat que j’exerce, jusqu’au jour où j’assistai à une controverse, en ma présence, entre Sulaymân ibn Ayyûb ibn Aḥmad aṭ-Ṭabarânî et Abû Bakr al-Jiʿâbî. Aṭ-Ṭabarânî dominait al-Jiʿâbî par l’étendue de sa mémoire, tandis qu’al-Jiʿâbî surpassait aṭ-Ṭabarânî par sa sagacité et l’esprit propre aux Bagdadis. Les voix montèrent, et nul ne parvenait à prendre le dessus.
Al-Jiʿâbî déclara alors : “Je possède un hadith que personne d’autre au monde ne détient.” – “Expose-le”, répondit aṭ-Ṭabarânî. Al-Jiʿâbî poursuivit : “Abû Khalîfa nous a rapporté, d’après Sulaymân ibn Ayyûb…”, puis il transmit le hadith. Aṭ-Ṭabarânî l’interrompit : “Je suis ce Sulaymân (3) ibn Ayyûb, et c’est de moi qu’Abû Khalîfa l’a entendu. Reçois-le donc directement de ma bouche ; ta chaîne n’en sera que plus haute, car tu rapportes d’Abû Khalîfa qui, lui, le tient de moi !” Al-Jiʿâbî en resta confus, et aṭ-Ṭabarânî l’emporta.
Ibn al-ʿAmîd conclut : « En cet instant, j’aurais souhaité que ni le vizirat ni l’autorité ne m’eussent jamais été confiés. »