Et personne n’adhère à cette discipline, sinon celui qui l’a étudiée de près, a décelé sa corruption, ses incohérences et la manière dont nombre de ses points heurtent la raison saine.
L’un de ceux qui l’avaient lue et longuement fréquentée (1) rapporta qu’il ne cessait de s’étonner de la défaillance de ses fondements et de ses principes, de leur opposition flagrante à l’intelligence évidente, du fait qu’ils recèlent de pures assertions privées de toute preuve, qu’ils distinguent entre deux choses identiques et qu’ils rapprochent des réalités dissemblables ; si bien qu’ils statuent sur un objet d’une certaine manière et, sur son semblable, de façon exactement contraire, ou encore qu’ils prononcent un jugement sur une chose et appliquent ce même jugement à ce qui lui est opposé ou contradictoire !
Il poursuivit : « J’en vins à interroger quelques-uns de ses chefs de file et de ses maîtres au sujet de ces difficultés ; l’un d’entre eux réfléchit un instant (2), puis déclara : “Il s’agit d’une science qu’ont polie les esprits et qui nous est parvenue depuis les premiers siècles — ou quelque chose d’approchant — ; il convient donc de la recevoir de ceux qui en sont les spécialistes.” » Or cet homme était pourtant le meilleur logicien que j’aie jamais rencontré.
Il ajouta : « Plus tard, je découvris les réfutations rédigées par les théologiens musulmans contre cette discipline, exposant sa fausseté et ses contradictions ; je tombai notamment sur un traité d’Abu Saʿîd al-Sîrâfî, le grammairien (3), consacré à ce sujet (4),