Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Et personne n’adhère à cette discipline, sinon celui qui l’a étudiée de près, a décelé sa corruption, ses incohérences et la manière dont nombre de ses points heurtent la raison saine.

L’un de ceux qui l’avaient lue et longuement fréquentée (1) rapporta qu’il ne cessait de s’étonner de la défaillance de ses fondements et de ses principes, de leur opposition flagrante à l’intelligence évidente, du fait qu’ils recèlent de pures assertions privées de toute preuve, qu’ils distinguent entre deux choses identiques et qu’ils rapprochent des réalités dissemblables ; si bien qu’ils statuent sur un objet d’une certaine manière et, sur son semblable, de façon exactement contraire, ou encore qu’ils prononcent un jugement sur une chose et appliquent ce même jugement à ce qui lui est opposé ou contradictoire !

Il poursuivit : « J’en vins à interroger quelques-uns de ses chefs de file et de ses maîtres au sujet de ces difficultés ; l’un d’entre eux réfléchit un instant (2), puis déclara : “Il s’agit d’une science qu’ont polie les esprits et qui nous est parvenue depuis les premiers siècles — ou quelque chose d’approchant — ; il convient donc de la recevoir de ceux qui en sont les spécialistes.” » Or cet homme était pourtant le meilleur logicien que j’aie jamais rencontré.

Il ajouta : « Plus tard, je découvris les réfutations rédigées par les théologiens musulmans contre cette discipline, exposant sa fausseté et ses contradictions ; je tombai notamment sur un traité d’Abu Saʿîd al-Sîrâfî, le grammairien (3), consacré à ce sujet (4),

(1) Je pense que l’auteur parle ici de lui-même ; voir Ighâthat al-lahfân, 2/260, et al-Sawâʿiq al-mursala, p. 995. (2) Ainsi dans les manuscrits : *fakkara fî-sh-shay’*, *afkara fîhi* et *tafakkara* ont un sens équivalent ; cf. Lisân al-ʿarab. (3) Al-Hasan ibn ʿAbd Allâh, grand grammairien, auteur d’ouvrages, connu pour sa piété et sa droiture (m. 368 H). Réf. : Inbâh al-ruwât, 1/348 ; Siyar, 16/247. (4) Il s’agit vraisemblablement de la joute oratoire qui l’opposa à Abû Bishr Mattâ ibn Yûnus, spécialiste de la logique, consignée par Abû Hayyân al-Tawhîdî dans al-Imtâʿ wa-l-muʾânasa, 1/108-128 ; voir également al-Radd ʿalâ al-mantiqiyyîn, p. 178.
ولا يؤمنُ بهذا إلا من قد عرفه وعرفَ فسادَه وتناقضه ومناقضةَ كثيرٍ منه للعقل الصريح. وأخبَر بعضُ من كان قد قرأه وعُنِيَ به (١) أنه لم يزل متعجِّبًا من فساد أصوله وقواعده، ومباينتها لصريح المعقول، وتضمُّنها لدعاوٍ محضةٍ غير مدلولٍ عليها، وتفريقه بين متساويَيْن، وجمعه بين مختلفَيْن؛ فيحكمُ على الشيء بحكمٍ وعلى نظيره بضدِّ ذلك الحكم، أو يحكمُ على الشيء بحكمٍ ثمَّ يحكمُ على مضادِّه أو مناقِضه به! قال: إلى أن سألتُ بعض رؤسائه وشيوخ أهله عن شيءٍ من ذلك، فأَفْكَرَ فيه (٢)، ثمَّ قال: «هذا علمٌ قد صقلَته الأذهان، ومرَّت عليه من عهد القرون الأوائل ــ أو كما قال ــ، فينبغي أن نتسلَّمه من أهله»، وكان هذا أفضلَ من رأيتُ في المنطق. قال: إلى أن وقفتُ على ردِّ متكلِّمي الإسلام عليه وتبيين فساده وتناقضه، فوقفتُ على مصنَّفٍ لأبي سعيد السِّيرافي النحوي (٣) في ذلك (٤)،
(١) أحسب المصنف يريد نفسه. انظر: «إغاثة اللهفان» (٢/ ٢٦٠)، و «الصواعق المرسلة» (٩٩٥). (٢) كذا في الأصول. فكَّر في الشيء وأَفْكَرَ فيه وتفكَّر، بمعنى. «اللسان». (٣) الحسن بن عبد الله، إمامٌ في العربية، صاحبُ تصانيف، وفيه دينٌ وورع (ت: ٣٦٨). انظر: «إنباه الرواة» (١/ ٣٤٨)، و «السير» (١٦/ ٢٤٧). (٤) لعلَّه يقصد المناظرة التي جرت بينه وبين أبي بشر متَّى بن يونس صاحب كتب المنطق، وقد دوَّنها أبو حيان التوحيدي في «الإمتاع والمؤانسة» (١/ ١٠٨ - ١٢٨). وانظر: «الرد على المنطقيين» (١٧٨).

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