Je leur ai donc déclaré :
« Fiez-vous à deux mille combattants,
dont l’élite est drapée d’une cotte de mailles persane ! »
Autrement dit : tenez pour certain ce contingent.
Un groupe, toutefois, a récusé cette possibilité et a affirmé : la certitude n’est réservée qu’au savoir proprement dit. Quant au terme ẓann (conjecture), certains ont admis qu’il pouvait, à l’occasion, signifier la science sûre, tandis que d’autres ont soutenu qu’il n’est jamais permis de faire de la conjecture le substitut de la certitude (1).
Ils ont répondu aux arguments avancés par ceux qui l’autorisent en disant : tous les passages où, selon vous, la conjecture tiendrait lieu de certitude conservent en réalité leur sens premier ; nous ne l’y trouvons qu’à propos d’une connaissance du domaine invisible. Jamais on ne dit à quelqu’un qui voit une chose : « Je la conjecture », ni à celui qui l’a goûtée : « Je la conjecture ». L’expression n’est employée que pour ce qui est absent mais connu par l’ouï-dire ou par la raison (2) ; dès qu’il y a spectacle direct, il devient impossible d’y appliquer le mot ẓann.
Ils ajoutent : entre la vision immédiate et le simple rapport existe un degré intermédiaire ; c’est relativement à ce palier que la conjecture a pu qualifier la connaissance de l’invisible, parce qu’elle est dépourvue de l’état intérieur que procure la contemplation directe.
C’est ainsi que l’on interprète (3) l’ensemble des preuves que vous avez citées.
Le verset : « Les criminels verront le Feu et croiront qu’ils vont y être précipités » n’invalide pas cette explication, car la conjecture ne porte ici que sur le fait d’y tomber (4), réalité encore invisible au moment même où ils le voient ; lorsqu’ils y seront réellement précipités, il ne s’agira plus de conjecture, mais d’une certitude indubitable.