Tel est l’avis d’un groupe de grammairiens (1).
L’opinion correcte est que le tâʾ ne s’est ajouté qu’à la faveur d’un déplacement de la fonction adjectivale vers la fonction nominale : le mot, d’abord qualificatif, a ensuite été traité comme un nom, d’où l’adjonction du tâʾ. On procède de la même manière lorsqu’on dit naṭîḥa (bête encornée) avec le tâʾ ; mais, quand on l’emploie comme adjectif, on dit : shâtun naṭîḥ (une brebis encornée), tout comme on dit : kaffun khaḍîb (une main teinte). Faute de quoi, il n’y aurait aucun sens à parler d’hyperbole dans khalîfa qui justifierait l’ajout d’un tâʾ d’intensification. Allah sait mieux.
• Quant à l’expression : « et Ses prédicateurs qui appellent à Sa religion », le terme duʿât est le pluriel de dâʿin (« prédicateur »), de la même façon que qâḍin/quḍât (« juge/juges ») ou râmin/rumât (« archer/archers »). Leur rattachement à Allah marque l’exclusivité : il s’agit des prédicateurs qui Lui sont réservés, ceux qui appellent à Sa religion, à Son culte, à Sa connaissance et à Son amour. Ceux-là constituent l’élite de la création de Dieu, les plus honorés auprès de Lui et les plus élevés en dignité.
Le 130ᵉ aspect vient l’étayer : « Et qui tient un propos plus beau que celui qui appelle à Allah, accomplit une œuvre salutaire et dit : “Je suis, certes, du nombre des musulmans.” » (Fussilat, 33).
Al-Ḥasan a dit : « Il s’agit du croyant : il a répondu à l’appel de Dieu, il convie les gens à l’appel auquel il a lui-même répondu, et il accomplit des œuvres pies en réponse à cet appel. Voilà l’ami intime de Dieu, voilà le protégé de Dieu. » (2)
Le rang de l’appel à Allah est donc la plus noble des stations du serviteur. Le Très-Haut dit : « Lorsque le serviteur d’Allah se leva pour L’invoquer, ils faillirent se ruer sur lui en masse. » (al-Jinn, 19).