Si l’on objecte : « Il n’y a là nul éloge, car cette succession est accordée à l’ensemble de la communauté, tandis que la khilâfa d’Allah évoquée par l’Émir des croyants est réservée aux privilégiés de la création »,
la réponse est que cette exclusivité signale en réalité l’exclusivité de l’annexion ; ici, l’annexion sert à l’ennoblissement et à la distinction, tout comme Il rattache à Lui (1) Ses « serviteurs », selon Sa parole : « Sur Mes serviteurs, tu n’auras aucune autorité » (al-Ḥijr, 42) ; « Les serviteurs du Tout-Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre » (al-Furqân, 63), et des versets analogues.
Il est pourtant clair que toutes les créatures sont Ses serviteurs. De même, les « successeurs sur la terre » correspondent aux « serviteurs » dans : « Allah observe parfaitement Ses serviteurs » (Âl ʿImrân, 20) et « Allah ne veut aucune injustice pour (Ses) serviteurs » (Ghâfir, 31), tandis que les « successeurs d’Allah » sont comme les « serviteurs d’Allah » dans : « Sur Mes serviteurs, tu n’auras aucune autorité » et les passages semblables.
Au sens propre, le terme khalîfa désigne celui qui prend la place de celui qui s’en va ; on dit : « Untel a succédé (khalafa) à untel ».
À l’origine, le mot est khalîf, sans tâʾ marbûṭa, car il suit le patron faʿîl au sens d’agent, comme ʿalîm (Omniscient) ou qadîr (Tout-Puissant). Le tâʾ a été ajouté pour renforcer le trait descriptif, comme dans râwiya (« grand rapporteur ») ou ʿallâma (« érudit éminent »). C’est pourquoi on en a fait au pluriel khulafāʾ, à l’instar de shurafāʾ, ẓurafāʾ ou kurumâʾ (2). Ceux qui tiennent compte de la forme avec le tâʾ l’ont mis au pluriel sur le modèle faʿāʾil : khalāʾif, comme ʿaqîla/ʿaqāʾil et ṭarîfa/ṭarāʾif (3). Les deux formes se trouvent dans le Coran.