Puis on a avancé que ce discours viserait exclusivement la communauté de Muḥammad — paix et bénédictions sur lui —, en ce sens qu’Il vous a faits successeurs des nations disparues ; celles-ci ont péri et vous avez hérité de la terre après elles.
Il ne fait aucun doute que l’interpellation s’adresse bien à la communauté, mais ce qui est visé, c’est l’espèce humaine dans son ensemble : Allah a fait de son premier père un khalîfa à la place de ceux qui l’avaient précédé, et Il a voulu que sa descendance se relaie, génération après génération, jusqu’au Jour dernier. C’est pourquoi Il a érigé ce fait en signe parmi Ses signes, comme dans Sa parole : « Ou bien, Qui exauce l’affligé lorsqu’il L’invoque, lève le mal et vous établit successeurs sur la terre ? » (an-Naml, 62).
Quant à la parole de Moïse à son peuple : « … et Il vous fera succéder (d’autres) sur la terre » (al-Aʿrâf, 129), il ne s’agit pas d’une succession après Allah, mais d’une succession après Pharaon et son peuple : Il les a anéantis et a fait des fils d’Israël leurs héritiers.
Il en va de même de la parole du Prophète ﷺ : « Allah vous fera succéder sur la terre », c’est-à-dire après les nations qui disparaîtront et dont vous prendrez la place.
Ils ajoutent : quant au vers du poète al-Râʿî, il s’agit d’une pièce composée durant l’absence du Véridique (Abou Bakr) ; on ignore si elle lui est jamais parvenue et, à supposer qu’elle l’ait atteint, rien ne prouve qu’il ait approuvé ce terme (1).
Je dis : si, par l’annexion à Allah, l’on entend qu’il serait Son khalîfa à Lui, l’avis correct est celui de la faction qui l’interdit.
En revanche, si l’on entend par cette annexion qu’Allah l’a institué successeur de quelqu’un qui l’avait précédé, alors l’expression ne pose pas de problème ; en réalité, l’on veut dire : « le khalîfa d’Allah », c’est-à-dire celui qu’Allah a placé comme remplaçant d’autrui. C’est ainsi qu’il faut comprendre la parole de l’Émir des croyants : « Ceux-là sont les khalîfas d’Allah sur Sa terre. »