Accours donc vers les jardins d’Éden : ils sont tes premières demeures, c’est là que se dresse le campement.
Mais nous sommes les captifs de l’ennemi ; reverrons-nous nos patries et y rentrerons-nous sains et saufs ?
Chaque fois que l’adversaire veut lui faire oublier sa patrie, rayer son souvenir et l’habituer à un autre pays, son âme et son cœur s’y refusent, comme l’a dit le poète :
« L’on voudrait que le cœur vous oublie,
mais la nature se rebelle contre qui veut la déplacer. » (1)
C’est pourquoi le croyant est un étranger dans cette demeure : où qu’il séjourne ici-bas, il vit en terre d’exil. Le Prophète — paix et salut sur lui — a déclaré : « Sois en ce monde comme un étranger ou comme un simple voyageur. » (2) Or cet exil-là prendra fin ; il retournera dans sa patrie et sa maison. Quant à l’exil dont on ne peut espérer la fin, c’est l’exil dans la demeure de l’humiliation, loin de la patrie que son Seigneur lui avait préparée, vers laquelle il lui avait ordonné de se munir et de se diriger. Il a pourtant préféré s’en éloigner et la quitter ; tel est l’exil dont nul retour n’est attendu et dont nul baume ne peut panser la plaie.
Ne te hâte pas de nier que, tandis que le corps se trouve dans ce monde, l’âme puisse séjourner dans l’Assemblée suprême ; l’âme a sa réalité et le corps la sienne. Le Prophète — paix et salut sur lui — se trouvait parmi ses compagnons alors que son Seigneur le nourrissait et l’abreuvait (3) : son corps était avec eux, mais son âme et son cœur étaient auprès de son Seigneur.
Abû al-Dardâ’ a dit : « Lorsque le serviteur s’endort, son âme est élevée jusqu’au-dessous du Trône ; si alors… »