« Je t’ai fréquentée alors qu’un voile couvrait mes yeux ;
mais lorsque ce voile se leva, je me mis à déchirer mon âme en la blâmant. » (1)
Quand bien même l’âme irait d’un lieu à l’autre, parcourrait toutes les demeures et les haltes, jamais elle ne se fixerait ni ne trouverait la quiétude ailleurs que dans sa patrie, la station pour laquelle elle a été créée. Ainsi a-t-on dit :
« Déplace ton cœur où bon te semble dans l’amour :
l’amour véritable n’appartient qu’au premier bien-aimé.
De combien de maisons le jeune homme peut s’accommoder sur la terre,
mais son désir revient sans cesse à la toute première demeure. » (2)
Or si l’âme soupire à jamais pour son pays natal, alors même qu’une autre demeure lui sert de résidence — souvent plus belle et plus agréable que la sienne — et si, malgré l’absence de mal ou de tourment à l’abandonner pour une semblable, elle n’aspire pourtant qu’à lui, que dire de son vif désir pour la patrie dont la séparation constitue son châtiment, sa douleur et un regret qui ne s’éteint jamais (3) ?
Le serviteur croyant, en ce bas-monde, a été capturé du Paradis et conduit dans la demeure de la peine et de la fatigue ; il y a même été réduit en servitude. Comment pourrait-on donc lui reprocher de languir après la demeure d’où il a été arraché, d’avoir été séparé de Celui qu’il aime et contraint de côtoyer son ennemi ?
Son esprit reste constamment attaché à cette patrie, tandis que son corps demeure ici-bas.
À ce propos, j’ai moi-même composé quelques vers (4):