Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

« Je t’ai fréquentée alors qu’un voile couvrait mes yeux ;
mais lorsque ce voile se leva, je me mis à déchirer mon âme en la blâmant. » (1)

Quand bien même l’âme irait d’un lieu à l’autre, parcourrait toutes les demeures et les haltes, jamais elle ne se fixerait ni ne trouverait la quiétude ailleurs que dans sa patrie, la station pour laquelle elle a été créée. Ainsi a-t-on dit :
« Déplace ton cœur où bon te semble dans l’amour :
l’amour véritable n’appartient qu’au premier bien-aimé.
De combien de maisons le jeune homme peut s’accommoder sur la terre,
mais son désir revient sans cesse à la toute première demeure. » (2)

Or si l’âme soupire à jamais pour son pays natal, alors même qu’une autre demeure lui sert de résidence — souvent plus belle et plus agréable que la sienne — et si, malgré l’absence de mal ou de tourment à l’abandonner pour une semblable, elle n’aspire pourtant qu’à lui, que dire de son vif désir pour la patrie dont la séparation constitue son châtiment, sa douleur et un regret qui ne s’éteint jamais (3) ?

Le serviteur croyant, en ce bas-monde, a été capturé du Paradis et conduit dans la demeure de la peine et de la fatigue ; il y a même été réduit en servitude. Comment pourrait-on donc lui reprocher de languir après la demeure d’où il a été arraché, d’avoir été séparé de Celui qu’il aime et contraint de côtoyer son ennemi ?

Son esprit reste constamment attaché à cette patrie, tandis que son corps demeure ici-bas.

À ce propos, j’ai moi-même composé quelques vers (4):

(1) Vers attribué à al-Harith b. Khalid al-Makhzumi, adressé à ‘Abd al-Malik b. Marwan ; voir Al-Kamil, p. 1051. Un complément de référence figure dans son recueil poétique, p. 101. (2) Ces deux vers sont d’Abu Tammam ; Dîwân, t. 4, p. 253. (3) Éd. N et H : « et elle l’est toujours ». (4) Extrait d’une longue poésie en mîmiyya ; cf. Ṭarîq al-hijratayn, p. 108, et Hâdî al-arwâḥ, p. 14.
صَحِبتُك إذْ عيني عليها غشاوةٌ ... فلمَّا انجلت قَطَّعْتُ نفسي ألومُها (١) ولو تنقَّلت الروحُ في المواطن كلِّها والمنازل، لم تستقرَّ ولم تطمئنَّ إلا في وطنها ومحلِّها الذي خُلِقَت له، كما قيل: نَقِّلْ فؤادَك حيثُ شئتَ من الهوى ... ما الحبُّ إلا للحبيب الأوَّلِ كم منزلٍ في الأرض يألفُه الفتى ... وحنينُه أبدًا لأوَّل منزلِ (٢) وإذا كانت الروحُ تَحِنُّ أبدًا إلى وطنها من الأرض مع قيام غيره مقامه في السُّكنى، وكثيرًا ما يكونُ غيرُ وطنها أحسنَ وأطيب منه، وهي إنما (٣) تَحِنُّ إليه، مع أنه لا ضرر عليها ولا عذابَ في مفارقته إلى مثله، فكيف بحنينها إلى الوطن الذي في فراقها له عذابها وألمُها وحسرتُها التي لا تنقضي؟! فالعبدُ المؤمنُ في هذه الدار سُبِيَ من الجنة إلى دار التعب والعناء، ثمَّ ضُرِبَ عليه الرِّقُّ فيها، فكيف يلامُ على حنينه إلى داره التي سُبِيَ منها، وفُرِّق بينه وبين من يُحِب، وجُمِعَ بينه وبين عدوِّه؟! فروحُه دائمًا معلَّقةٌ بذلك الوطن، وبدنُه في الدنيا. ولي من أبياتٍ في ذلك (٤):
(١) البيت للحارث بن خالد المخزومي، يخاطبُ عبد الملك بن مروان، في «الكامل» (١٠٥١). وفي مجموع شعره (١٠١) مزيدُ تخريج. (٢) البيتان لأبي تمام، في ديوانه (٤/ ٢٥٣). (٣) (ن، ح): «وهي دائما». (٤) من ميميَّةٍ طويلة، في «طريق الهجرتين» (١٠٨)، و «حادي الأرواح» (١٤).

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