Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

« Prends ce que tu vois et délaisse ce dont tu n’as fait que ouïr parler. » (1)

Quant à ceux qui, brandissant l’argument d’Allah, tiennent lieu de successeurs de Son Prophète au sein de sa communauté, la perfection et la force de leur science les ont conduits jusqu’à la réalité même de l’affaire ; ils l’ont abordée de front et, par la lucidité de leur clairvoyance, ont contemplé ce dont les regards des ignorants sont aveuglés (2). Leurs cœurs s’y sont trouvés rassérénés, et ils se sont mis à œuvrer pour y parvenir, tant la brise vivifiante de la certitude les avait pénétrés (3).

L’étendard du bonheur s’étant levé devant eux, ils ont retroussé leurs manches pour le rejoindre ; le héraut de la foi leur a fait entendre l’appel, ils se sont empressés d’y répondre ; leurs âmes ont acquis la pleine conviction de ce que leur Seigneur leur avait promis, si bien qu’ils ont délaissé tout le reste et n’ont plus désiré que ce qu’Il garde auprès de Lui.

Ils savaient que la vie d’ici-bas est une demeure de passage et non de séjour, une halte de transit et non un siège de félicité ; qu’elle n’est qu’un songe fugitif ou un nuage d’été, et que celui qui s’y trouve ressemble à un voyageur qui se met un instant à l’ombre d’un arbre, puis se remet en route et la laisse derrière lui. Ils étaient certains qu’elle n’est rien d’autre que

« des rêves de sommeil ou une ombre qui s’évanouit…
Un homme avisé ne se laisse pas tromper par pareille chose. » (4)

Et celui qui l’a décrite a dit vrai lorsqu’il a déclaré :

« Je vois les misérables parmi les gens ne jamais s’en lasser,
alors même qu’en son sein ils sont nus et affamés. »

(1) Premier hémistiche d’un vers d’al-Mutanabbî, Dîwân, p. 330 ; le second dit : « fi talaʿati l-badri mâ yughni-ka ʿan Zuhal » (Dans l’éclat de la pleine lune, tu n’as plus besoin de Saturne). (2) al-ʿashâ désigne une déficience visuelle ; certains le réservent aux conditions nocturnes (Lisân, entrée ʿashâ). (3) Le manuscrit T porte : « ʿayn al-yaqîn ». (4) Le vers est attribué à ʿImrân b. Ḥiṭṭân ; on le trouve notamment dans Rawdat al-ʿUqalâʾ, p. 301, Târîkh Dimashq, 43/498, Khazânat al-Adab, 5/361, etc.
* خُذ ما تراهُ ودَع شيئًا سمعتَ به * (١) وأمَّا القائمون لله بحجَّته، خلفاءُ نبيِّه في أمَّته، فإنهم لكمال علمهم وقوَّته نَفَذ بهم إلى حقيقة الأمر، وهجمَ بهم عليه، فعاينوا ببصائرهم ما عَشَتْ عنه (٢) بصائرُ الجاهلين، فاطمأنَّت قلوبُهم به، وعملوا على الوصول إليه؛ لِمَا باشرها مِنْ رَوْح اليقين (٣). رُفِعَ لهم عَلَمُ السعادة فشمَّروا إليه، وأسْمَعهم منادي الإيمان النداءَ فاستبقوا إليه، واستيقنت أنفسُهم ما وعدهم به ربُّهم فزهدوا فيما سواه ورغبوا فيما لديه. علموا أنَّ الدنيا دارُ ممرٍّ لا دارُ مقرّ، ومنزلُ عبورٍ لا مقعد حبور، وأنها خيالُ طَيْفٍ أو سحابةُ صَيْف، وأنَّ مَنْ فيها كراكبٍ قال تحت ظلِّ شجرةٍ ثمَّ راح عنها وتركها، وتيقَّنوا أنها: أحلامُ نومٍ أو كظلٍّ زائلٍ ... إنَّ اللبيبَ بمثلها لا يُخْدَعُ (٤) وأنَّ واصفَها صدق في وصفها إذ يقول: أرى أشقياءَ الناس لا يسأمونها ... على أنهم فيها عراةٌ وجُوَّعُ
(١) صدرُ بيتٍ للمتنبي، في ديوانه (٣٣٠)، وعجُزه: * في طلعة البدر ما يغنيك عن زُحَلِ * (٢) العَشَى: سوءُ البصر. وخصَّه بعضُهم بالليل. «اللسان» (عشا). (٣) (ت): «عين اليقين». (٤) البيت لعمران بن حطان، في «روضة العقلاء» (٣٠١)، و «تاريخ دمشق» (٤٣/ ٤٩٨)، و «الخزانة» (٥/ ٣٦١)، وغيرها.

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