« Prends ce que tu vois et délaisse ce dont tu n’as fait que ouïr parler. » (1)
Quant à ceux qui, brandissant l’argument d’Allah, tiennent lieu de successeurs de Son Prophète au sein de sa communauté, la perfection et la force de leur science les ont conduits jusqu’à la réalité même de l’affaire ; ils l’ont abordée de front et, par la lucidité de leur clairvoyance, ont contemplé ce dont les regards des ignorants sont aveuglés (2). Leurs cœurs s’y sont trouvés rassérénés, et ils se sont mis à œuvrer pour y parvenir, tant la brise vivifiante de la certitude les avait pénétrés (3).
L’étendard du bonheur s’étant levé devant eux, ils ont retroussé leurs manches pour le rejoindre ; le héraut de la foi leur a fait entendre l’appel, ils se sont empressés d’y répondre ; leurs âmes ont acquis la pleine conviction de ce que leur Seigneur leur avait promis, si bien qu’ils ont délaissé tout le reste et n’ont plus désiré que ce qu’Il garde auprès de Lui.
Ils savaient que la vie d’ici-bas est une demeure de passage et non de séjour, une halte de transit et non un siège de félicité ; qu’elle n’est qu’un songe fugitif ou un nuage d’été, et que celui qui s’y trouve ressemble à un voyageur qui se met un instant à l’ombre d’un arbre, puis se remet en route et la laisse derrière lui. Ils étaient certains qu’elle n’est rien d’autre que
« des rêves de sommeil ou une ombre qui s’évanouit…
Un homme avisé ne se laisse pas tromper par pareille chose. » (4)
Et celui qui l’a décrite a dit vrai lorsqu’il a déclaré :
« Je vois les misérables parmi les gens ne jamais s’en lasser,
alors même qu’en son sein ils sont nus et affamés. »