Tel est le sens de ce verset.
Or il arrive que nombre d’ignorants s’imaginent que la charia ne comporte aucune argumentation et que l’Envoyé chargé de la transmettre — paix et bénédictions sur lui — ne produisait ni preuves ni débats face à ses contradicteurs. Les ignorants parmi les logiciens, héritiers des Grecs, prétendent eux aussi que la charia n’est qu’un discours adressé au grand public, privé de toute preuve, et que les prophètes se seraient bornés à convaincre la masse par la seule oratoire, tandis que les démonstrations seraient réservées aux initiés, « gens de la démonstration » — c’est-à-dire eux-mêmes et ceux qui suivent leur voie.
Tout cela procède de leur méconnaissance de la charia et du Coran ; car le Coran regorge d’arguments, de preuves et de démonstrations touchant à l’unicité, à l’existence du Créateur, au retour à la vie, à l’envoi des messagers et à la création du monde (1). Aucun théologien spéculatif ni quiconque n’avance un argument valable sur ces sujets sans que le Coran ne le renferme déjà, exprimé de la manière la plus élégante, la plus limpide, la plus complète et la plus préservée des objections.
Les maîtres avertis du kalâm, anciens comme modernes, l’ont reconnu.
Abû Hâmid a dit au début de l’Ihyâ’ (2) : « Si tu demandes : pourquoi n’as-tu pas mentionné, parmi les catégories du savoir, le kalâm et la philosophie, en précisant s’ils sont blâmables ou louables ? — Sache que tout ce que le kalâm renferme comme arguments réellement profitables se trouve déjà dans le Coran et les traditions prophétiques. Tout ce qui en sort n’est qu’une dispute condamnable — innovation dont l’explication viendra — ou une agitation qui s’accroche aux contradictions des diverses sectes, interminable dans la transmission de doctrines dont la plupart ne sont que billevesées et divagations que les âmes saines méprisent et que les oreilles rejettent,»