Qu’a donc l’homme livré aux plaisirs à voir avec le rang des héritiers des prophètes !
Laisse donc l’écriture ; tu n’en fais pas partie, quand bien même tu noircirais ton visage d’encre. (1)
En vérité, la science est l’art et l’occupation du cœur ; tant que celui-ci ne se libère pas pour cet art et ne s’y consacre pas, il ne la recevra pas. Le cœur n’a qu’une seule direction : si cette direction se tourne vers les jouissances et les convoitises, il se détournera de la science.
Et quiconque (2) ne voit pas le plaisir d’acquérir la science et le désir qu’elle suscite l’emporter (3) sur le plaisir de son corps et l’appétit de son âme n’atteindra jamais le rang de la science ; mais lorsque son désir se concentre dans la science et que sa jouissance réside dans le fait de la saisir, on peut espérer qu’il fasse partie de ses gens.
Le plaisir de la science est un plaisir intellectuel et spirituel, de la même nature que celui des anges ; le plaisir que procurent la nourriture, la boisson et l’accouplement est un plaisir animal partagé par l’homme avec la bête ; quant au plaisir que l’on goûte dans le mal, l’injustice, la corruption et la recherche de suprématie sur terre, c’est un plaisir démoniaque que son auteur partage avec Iblîs et ses armées.
Tous les autres plaisirs s’éteignent lorsque l’âme se sépare du corps, à l’exception du plaisir de la science et de la foi : ceux-ci atteignent alors leur pleine maturité, car le corps et ses préoccupations les diminuaient, les restreignaient et les voilaient. Lorsque l’âme se retire du corps, elle jouit pleinement de la science utile et des œuvres vertueuses qu’elle a acquises. Celui donc qui recherche le plaisir suprême et choisit la félicité permanente la trouvera dans la science et la foi, car c’est par elles que se réalise la plénitude du bonheur humain.