— de véritables chauves-souris de la clairvoyance.
Toute communauté doctrinale et tout courant d’idées parent leur doctrine et leur discours des plus belles formules qu’ils puissent forger, tandis qu’ils affublent la doctrine de leurs contradicteurs des termes les plus répugnants qu’ils puissent trouver (1). Mais celui qu’Allah dote de clairvoyance dévoile, grâce à cette lumière, la réalité de ce que dissimulent ces mots — vérité ou fausseté — sans se laisser duper par la seule phraséologie, comme on l’a exprimé en ces vers :
« Tu dis, pour en faire l’éloge : “Voici la miellée des abeilles”,
ou, si tu préfères, tu déclares : “C’est le vomi des frelons”.
Qu’il s’agisse d’éloge ou de blâme, tu n’as fait que décrire les deux réalités,
et la vérité, parfois, souffre d’une malencontreuse tournure (2)(3). »
Si donc tu souhaites connaître le fond d’une idée — savoir si elle est vraie ou fausse —, dépouille-la de l’habit verbal qui la couvre et libère ton cœur de toute répulsion comme de toute inclination. Accorde ensuite à l’examen ce qui lui est dû, en la considérant avec l’œil de l’équité. Ne sois pas de ceux qui scrutent avec tout leur cœur la thèse de leurs compagnons, pour lesquels ils nourrissent une bonne opinion, puis ne jettent sur la thèse de leurs adversaires, qu’ils tiennent en suspicion, qu’un regard oblique et furtif.
En vérité, celui qui regarde avec l’œil de l’inimitié transforme les qualités en défauts, tandis que celui qui regarde avec l’œil de l’affection fait exactement l’inverse. N’échappe à cette déformation que celui qu’Allah a voulu honorer et qu’Il a choisi pour accueillir la vérité. On a dit à ce propos (4):