Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Et le cœur est assailli par deux armées issues du faux : l’armée des passions de l’égarement et l’armée des ambiguïtés mensongères. Tout cœur qui leur prête l’oreille et s’y adosse les absorbe et s’en remplit ; sa langue et ses membres en répandent alors l’empreinte. S’il s’abreuve des ambiguïtés du mensonge, des doutes, des équivoques et des objections jaillissent de sa bouche ; l’ignorant s’imagine que tout cela atteste l’étendue de sa science, alors que c’est, au contraire, la marque de son absence de savoir et de certitude.

Cheikh al-Islâm – qu’Allah lui fasse miséricorde – me dit un jour, tandis que je lui soumettais objection après objection : « Ne fais pas de ton cœur, face aux objections et aux ambiguïtés, une éponge qui les boit pour ne rendre ensuite que ce qu’elle a absorbé. Fais-en plutôt un verre massif : les ambiguïtés glissent sur sa surface sans s’y fixer ; grâce à sa limpidité il les voit, grâce à sa solidité il les repousse. Autrement, si tu laisses ton cœur s’imbiber de chaque ambiguïté qui se présente, il deviendra le gîte des ambiguïtés. » (1)

Je n’ai jamais tiré profit d’un conseil pour repousser les ambiguïtés autant que de celui-là.

On appelle l’ambiguïté ainsi parce qu’elle mêle le vrai au faux ; elle revêt le manteau de la vérité sur le corps du mensonge. Or la plupart des gens se contentent d’une belle apparence : ils considèrent le vêtement dont elle s’est parée et croient à sa validité. Quant à celui qui possède science et certitude, il ne s’y laisse pas prendre : il pousse son regard jusqu’à son tréfonds, sous l’enveloppe, et sa véritable nature se révèle à lui.

(1) Voir cette idée dans : Shifa al-‘alil, p. 323 et 542 ; al-Wabil al-sayyib, p. 120-122 ; al-Ruh, p. 599. Safadi rapporte dans al-Wafi, t. 7, p. 16, qu’Ibn Taymiyya, lorsqu’il le croisait, lui disait : « Qu’en est-il de la sensation des objections ? Qu’en est-il de la sensation des réponses ? Qu’en est-il de la sensation des doutes ? Je sais que tu es semblable à une marmite bouillonnante qui fait : beq, beq, beq ; son dessus devient dessous et son dessous dessus. Reste auprès de moi, tu en profiteras. »
والقلبُ يتواردُه جيشان من الباطل: جيشُ شهوات الغيِّ، وجيشُ شبهات الباطل. فأيما قلبٍ صغا إليها وركنَ إليها تَشَرَّبها وامتلأ بها، فينضحُ لسانُه وجوارحُه بمُوجَبها، فإن أُشْرِبَ شبهات الباطل تفجَّرت على لسانه الشكوكُ والشبهاتُ والإيرادات، فيظنُّ الجاهلُ أنَّ ذلك لسعة علمه، وإنما ذلك من عدم علمه ويقينه! وقال لي شيخُ الإسلام ﵁ ــ وقد جعلتُ أوردُ عليه إيرادًا بعد إيراد ــ: «لا تجعل قلبَك للإيرادات والشبهات مثل السِّفِنْجَة، فيتشرَّبها، فلا ينضح إلا بها، ولكن اجعله كالزجاجة المُصْمَتة، تمرُّ الشبهاتُ بظاهرها ولا تستقرُّ فيها، فيراها بصفائه، ويدفعُها بصلابته، وإلا فإذا أَشْرَبتَ قلبَك كلَّ شبهةٍ تمرُّ عليك صار مقرًّا للشبهات» (١)، أو كما قال؛ فما أعلمُ أني انتفعتُ بوصيَّةٍ في دفع الشبهات كانتفاعي بذلك. وإنما سُمِّيت الشبهةُ شبهةً لاشتباه الحقِّ بالباطل فيها؛ فإنها تلبسُ ثوبَ الحقِّ على جسم الباطل، وأكثرُ الناس أصحابُ حُسْنٍ ظاهر، فينظرُ الناظرُ فيما أُلبِسَتْهُ من اللباس فيعتقدُ صحتها، وأما صاحبُ العلم واليقين فإنه لا يغترُّ بذلك، بل يجاوزُ نظرَه إلى باطنها وما تحت لباسها، فينكشفُ له حقيقتُها.
(١) انظر هذا المعنى في: «شفاء العليل» (٣٢٣، ٥٤٢)، و «الوابل الصيب» (١٢٠ - ١٢٢)، و «الروح» (٥٩٩). وذكر الصفدي في «الوافي» (٧/ ١٦) أن ابن تيمية كان إذا رآه قال له: «أيش حِسّ الإيرادات؟ أيش حِسّ الأجوبة؟ أيش حِسّ الشكوك؟، أنا أعلم أنك مثل القِدْر التي تغلي تقول: بق بق بق، أعلاها أسفلها وأسفلها أعلاها، لازمني تنتفع».

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