Et le cœur est assailli par deux armées issues du faux : l’armée des passions de l’égarement et l’armée des ambiguïtés mensongères. Tout cœur qui leur prête l’oreille et s’y adosse les absorbe et s’en remplit ; sa langue et ses membres en répandent alors l’empreinte. S’il s’abreuve des ambiguïtés du mensonge, des doutes, des équivoques et des objections jaillissent de sa bouche ; l’ignorant s’imagine que tout cela atteste l’étendue de sa science, alors que c’est, au contraire, la marque de son absence de savoir et de certitude.
Cheikh al-Islâm – qu’Allah lui fasse miséricorde – me dit un jour, tandis que je lui soumettais objection après objection : « Ne fais pas de ton cœur, face aux objections et aux ambiguïtés, une éponge qui les boit pour ne rendre ensuite que ce qu’elle a absorbé. Fais-en plutôt un verre massif : les ambiguïtés glissent sur sa surface sans s’y fixer ; grâce à sa limpidité il les voit, grâce à sa solidité il les repousse. Autrement, si tu laisses ton cœur s’imbiber de chaque ambiguïté qui se présente, il deviendra le gîte des ambiguïtés. » (1)
Je n’ai jamais tiré profit d’un conseil pour repousser les ambiguïtés autant que de celui-là.
On appelle l’ambiguïté ainsi parce qu’elle mêle le vrai au faux ; elle revêt le manteau de la vérité sur le corps du mensonge. Or la plupart des gens se contentent d’une belle apparence : ils considèrent le vêtement dont elle s’est parée et croient à sa validité. Quant à celui qui possède science et certitude, il ne s’y laisse pas prendre : il pousse son regard jusqu’à son tréfonds, sous l’enveloppe, et sa véritable nature se révèle à lui.