à l’imposer à sa place.
Telle est la situation de bien des gens qui acquièrent quelque science : ils s’en estiment dispensés de tout secours, s’y appuient et la font prévaloir, reléguant alors le Livre d’Allah à la traîne. On dit en arabe : « Untel s’est prévalu de telle chose contre telle autre », c’est-à-dire qu’il l’a dominée grâce à elle, qu’il l’a mise devant lui et a rejeté l’autre derrière son dos.
Tel n’est pas le comportement des véritables savants ; le savant authentique, lui, s’appuie sur le Livre d’Allah contre tout ce qui n’est pas Lui : il lui donne la préséance, le prend pour arbitre, en fait son guide et le critère qui jauge tout le reste, ainsi qu’Allah l’a voulu.
Celui qui s’en prévaut est donc un homme heureux et assisté, tandis que celui qui s’en prévaut contre lui est abandonné et malheureux. En effet, quiconque se prévaut d’une chose contre une autre la rejette derrière son dos pour mettre en avant ce dont il se prévaut ; telle est la condition de celui qui se détourne du Livre d’Allah pour se consacrer à autre chose, s’en satisfait et le laisse en arrière.
La deuxième catégorie de dépositaires du savoir est celle de l’homme qui s’y soumet : son cœur n’en est pas pleinement réconforté, son esprit n’en est pas totalement rassuré, et sa clairvoyance demeure faible, mais il se conforme néanmoins à ceux qui le détiennent.
Tel est l’état des adeptes de la vérité parmi leurs imitateurs ; bien qu’ils soient sur la voie du salut, ils ne font pas partie des hérauts de la religion : ils sont de ceux qui grossissent les rangs de l’armée, non de ses capitaines ni de ses chevaliers.
D’un point de vue linguistique, le terme munqâd (« soumis ») est la forme passive-réfléchie du verbe qāda, yaqûdu (« conduire ») ; il relève du paradigme muṭâwiʿ du trilittère (1). Son étymon est munqayid, à l’image de muktasib ; la consonne yâʾ a ensuite été remplacée par une alif (2) du fait de sa vocalisation après une fatha, d’où la forme munqâd.