Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Car le cœur se comporte comme un miroir fixé à un mur, et ce mur est un passage pour toutes sortes de choses convoitées (1), d’agréments et de déplaisirs ; chaque fois que l’une d’elles défile, son empreinte s’y reflète.

Si l’objet est aimé et désiré, la nature incline vers lui ; si l’on ne peut se le procurer, on souffre et l’on se tourmente de son absence. S’il est possible de l’acquérir, on souffre sur la route qui y mène – fatigue, peine, rivalité – puis on souffre encore pendant qu’on le possède par crainte de s’en séparer (2), et l’on souffre enfin, après sa perte, du chagrin qu’entraîne sa disparition.

Si, au contraire, la chose est haïe et qu’on ne puisse l’écarter, on pâtit de sa présence ; si l’on parvient à la repousser, on s’emploie à cette tâche au point de laisser échapper un avantage plus précieux, et l’on souffre alors de l’avoir manqué.

On voit clairement que ce cœur demeure sans cesse submergé dans les océans des soucis, des angoisses et des peines, tandis que la nafs se joue de lui et l’amadoue par un plaisir qui ne pèse pas plus qu’un grain de poussière (3), de sorte qu’il perd de vue les quintaux de douleur et de tourment qu’il endure.

Mais qu’on l’écarte de cette jouissance et qu’il n’ait plus aucun accès à elle, la douleur se dévoile, l’enveloppe et le cerne de toutes parts. Imagine donc l’état d’un serviteur à qui l’on a retiré bonheur, parts de félicité et joies, et à qui l’on a fait comparaître misère, soucis, angoisses et chagrins.

Il ne le sépare plus de ce sort que la levée du voile (4) : que la couverture se retire, que le rideau se lève, que la poussière se dissipe et que ce qui se cache dans les poitrines paraisse au grand jour.

(1) Le manuscrit T lit « al-shubuhat » ; le manuscrit N lit « al-mushtabihat ». (2) Le manuscrit N porte « fawâtihi » (son absence/perte). (3) Le manuscrit H lit « min ladhdha min ladhdhati-hi » (de la jouissance de sa jouissance). (4) Les manuscrits Q et D lisent « yankashif » (il se dévoile).
فإنَّ القلبَ يجري مجرى مرآةٍ منصوبةٍ على جدار، وذلك الجدارُ مَمرٌّ لأنواع المُشْتَهَيات (١) والملذوذات والمكروهات، فكلَّما مرَّ به شيءٌ من ذلك ظهرَ فيه أثرُه. فإن كان محبوبًا مُشْتَهًى مال طبعُه إليه، فإن لم يقدر على تحصيله تألم وتعذَّبَ بفَقْده، وإن قدرَ على تحصيله تألم في طريق الحصول بالتعب والمشقَّة ومنازعة الغير له، ويتألم حال حصوله خوفًا من فراقه (٢)، وبعد فراقه حزنًا على ذهابه. وإن كان مكروهًا له ولم يقدر على دفعه تألم بوجوده، وإن قدرَ على دفعه اشتغل بدفعه، ففاتته مصلحةٌ راجحةُ الحصول، فيتألم لفواتها. فعُلِمَ أنَّ هذا القلبَ أبدًا مستغرقٌ في بحار الهموم والغموم والأحزان، وأنَّ نفسَه تضحكُ عليه وتُرضِّيه بوزن ذرَّةٍ من لذَّته (٣)، فيغيبُ بها عن شُهوده القناطيرَ من ألمه وعذابه. فإذا حِيل بينه وبين تلك اللذَّة ولم يبقَ له إليها سبيل، تجرَّد ذلك الألمُ وأحاطَ به واستولى عليه من كلِّ جهاته، فقُلْ ما شئتَ في حال عبد قد غُيِّبَ عنه سَعْدُه وحظوظُه وأفراحُه، وأُحْضِرَ شِقْوتَه وهمومَه وغمومَه وأحزانَه. وبين العبد وبين هذه الحال أن يُكشفَ (٤) الغطاء، ويُرفعَ الستر، وينجلي الغبار، ويحصَّل ما في الصدور.
(١) (ت): «الشبهات». (ن): «المشتبهات». (٢) (ن): «فواته». (٣) (ح): «من لذة من لذته». (٤) (ق، د): «ينكشف».

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