et en se maculant des fluides répugnants qui en émanent ; de plus, son plein accomplissement ne se réalise qu’avec l’éjection de la semence, plaisir même que l’on recherche dans l’accouplement, et dont la durée équivaut à un instant indivisible (1). Quelle peine, pourtant, dans tout ce manège, ces efforts, cette longueur, ces cajoleries (2) et cette fatigue, pour un délice qui ne dure qu’un clin d’œil ! Comment mettre en balance ce plaisir fugitif avec la peine qu’il coûte ?
Cela montre que ce plaisir ne fait pas partie des biens véritables, du bonheur ni de la perfection pour lesquels le serviteur a été créé, et qu’il ne constitue nullement une perfection indispensable. Il existe au contraire, au-delà de tout cela, une autre réalité à laquelle l’homme a été destiné sans même en prendre conscience ; et, parce qu’il s’en détourne, qu’il refuse de la rechercher pour la connaître, puis de chercher la voie qui y mène pour y parvenir, il en vient à faire paître son âme parmi le bétail errant.
On t’a préparé pour une noble mission, si seulement tu la comprenais…
Élève donc ton âme, ne la laisse pas brouter avec le troupeau abandonné (3).
La place qu’occupe ce plaisir dans l’âme est comparable à la satisfaction qu’éprouve un homme retenu dans un endroit d’où il ne peut se rendre aux latrines ; accablé par le besoin, il subit une grande gêne et une rude épreuve, jusqu’à ce qu’il puisse enfin gagner le lieu d’aisance et se délester de ce fardeau (4).