Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

En voici une illustration (1) : le plaisir de manger. Qu’un homme réfléchi contemple son aliment au moment même où il se mêle à sa salive et s’y pétrit ; aussitôt son âme s’en détournerait. Que cette bouchée lui retombe de la bouche, et son instinct répugnerait à la reprendre.

De fait, la jouissance qu’il en tire ne se ressent que le long d’un conduit d’environ quatre doigts (2) ; sitôt qu’elle en a franchi le seuil, toute délectation s’évanouit. Quand la nourriture s’est logée dans l’estomac, mêlée à la boisson et aux résidus qui s’y trouvent, elle atteint alors le comble de la vilenie (3). Si l’on dépasse la quantité nécessaire, elle engendre toute une variété de maladies. N’était‐ce que la survie de l’homme dépend de l’absorption (4) de l’aliment, l’abstinence — en pareil cas — lui conviendrait bien mieux, ainsi que l’a dit l’un des poètes :

N’eût été un décret irrévocable,
jamais mes doigts n’eussent effleuré mets ni breuvage (5).

Quant au plaisir charnel, son ampleur dispense de détailler ses fléaux ; il suffit de constater que les organes qui s’y emploient forment la partie intime de l’être humain, celle qu’il a honte de laisser voir ou même de nommer, et dont Allah a ancré le voilement dans la nature de Ses serviteurs. Or le plaisir de l’accouplement ne se parfait qu’en les exposant et en les mettant à nu,

(1) Les manuscrits T, D et Q portent : « mithal » (« exemple »). (2) Le manuscrit Q lit : « d’environ quatre doigts ». Il s’agit de l’œsophage (*marîʾ*), ainsi nommé parce que la nourriture y « chemine » aisément, comme l’explique Al-Kashshâf, 1/502. Le syntagme coranique « mariʾan » (dans « mangez-en, qu’il vous soit agréable et digeste ») est, selon l’un des avis, compris comme indiquant la rapidité avec laquelle l’aliment descend par l’œsophage en raison de sa fluidité et de sa légèreté ; voir également Zâd al-Maʿâd, 4/231. (3) Les manuscrits N et H lisent : « al-khasâsa » (« l’indignité »). (4) Le manuscrit Q porte : « tanâwulahu » (« le consommer »). (5) Ce vers est attribué à ʿAbd al-Qâhir al-Jurjânî, maître de la langue arabe ; il est cité dans Rabîʿ al-Abrâr, 2/675.
مثالُه (١): لذَّةُ الأكل؛ فإنَّ العاقلَ لو نظر إلى طعامه حال مخالطته ريقَه وعَجْنِه به لنفرت نفسُه منه، ولو سقطت تلك اللقمةُ مِنْ فِيه لنفَر طبعُه من إعادتها إليه. ثمَّ إنَّ لذَّته به إنما تحصُل في مجرى نحو الأربع الأصابع (٢)، فإذا فُصِل عن ذلك المجرى زال تلذُّذُه به، فإذا استقرَّ في مَعِدته وخالطه الشرابُ وما في المعدة من الأجزاء الفَضْلِيَّة، فإنه حينئذٍ يصيرُ في غاية الخِسَّة (٣)، فإن زاد على مقدار الحاجة أورثَ الأدواءَ المختلفة على تنوُّعها، ولولا أنَّ بقاءه موقوفٌ على تناول (٤) الغذاء لكان تركُه ــ والحالةُ هذه ــ أليقَ به، كما قال بعضهم: لولا قضاءٌ جَرى نزَّهتُ أُنمُلتي ... عن أن تُلِمَّ بمأكولٍ ومشروبِ (٥) وأمَّا لذَّةُ الوِقاع، فقَدْرُها أبينُ من أن تُذْكَر آفاتُه، ويدلُّ عليه أنَّ أعضاء هذه اللذَّة هي عورةُ الإنسان التي يستحيي من رؤيتها وذِكْرها، وسترُها أمرٌ فطر الله عليه عبادَه، ولا تتمُّ لذَّةُ المواقَعة إلا بالاطلاع عليها وإبرازها،
(١) (ت، د، ق): «مثال». (٢) (ق): «نحو الأربع أصابع». وهو المريء، وإنما سمِّي بذلك لمروء الطعام فيه، وهو انسياغه، كما في «الكشاف» (١/ ٥٠٢). وفسِّر قوله: ﴿فَكُلُوهُ هَنِيئًا مَرِيئًا﴾ في أحد القولين بأنه: أسرعُ انحدارًا عن المَرِيء؛ لسهولته وخفَّته عليه. انظر: «زاد المعاد» (٤/ ٢٣١). (٣) (ن، ح): «الخساسة». (٤) (ق): «تناوله». (٥) البيت لعبد القاهر الجرجاني شيخ العربية، في «ربيع الأبرار» (٢/ ٦٧٥).

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