En voici une illustration (1) : le plaisir de manger. Qu’un homme réfléchi contemple son aliment au moment même où il se mêle à sa salive et s’y pétrit ; aussitôt son âme s’en détournerait. Que cette bouchée lui retombe de la bouche, et son instinct répugnerait à la reprendre.
De fait, la jouissance qu’il en tire ne se ressent que le long d’un conduit d’environ quatre doigts (2) ; sitôt qu’elle en a franchi le seuil, toute délectation s’évanouit. Quand la nourriture s’est logée dans l’estomac, mêlée à la boisson et aux résidus qui s’y trouvent, elle atteint alors le comble de la vilenie (3). Si l’on dépasse la quantité nécessaire, elle engendre toute une variété de maladies. N’était‐ce que la survie de l’homme dépend de l’absorption (4) de l’aliment, l’abstinence — en pareil cas — lui conviendrait bien mieux, ainsi que l’a dit l’un des poètes :
N’eût été un décret irrévocable,
jamais mes doigts n’eussent effleuré mets ni breuvage (5).
Quant au plaisir charnel, son ampleur dispense de détailler ses fléaux ; il suffit de constater que les organes qui s’y emploient forment la partie intime de l’être humain, celle qu’il a honte de laisser voir ou même de nommer, et dont Allah a ancré le voilement dans la nature de Ses serviteurs. Or le plaisir de l’accouplement ne se parfait qu’en les exposant et en les mettant à nu,