Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

On demanda à un ascète : « Qu’est-ce qui t’a détaché de la vie d’ici-bas ? » Il répondit : « La bassesse (1) de ceux qui l’ont pour associés, le peu de loyauté dont elle fait preuve et la multitude de ses rebuffades. »

On posa la même question à un autre ; il dit : « Jamais je n’ai tendu la main vers quelque chose de ce monde sans trouver qu’un autre m’y avait déjà précédé ; je le lui cédais donc. »

Ajoutons encore ceci : le plaisir que l’on goûte lorsqu’on obtient un bien est strictement proportionnel à l’intensité du besoin qu’on en éprouvait et à la souffrance que l’âme ressentait en le réclamant. Plus le désir de s’emparer d’une chose est fort, plus la délectation issue de sa possession est complète ; s’il n’y a pas eu ce désir, il n’y a pas de plaisir. Ainsi, la jouissance ressentie sur le moment équivaut exactement au manque, à la peine et au tort subis auparavant ; la joie présente et la douleur passée se rencontrent et s’annulent, si bien que la jouissance disparaît comme si elle n’avait jamais existé. C’est comme si l’on ouvrait le ventre d’un homme puis qu’on le recousait et qu’on le soignait avec des onguents, ou comme si l’on administrait dix coups de fouet pour ensuite lui remettre dix dirhams ! Les jouissances d’ici-bas, la plupart du temps, n’excèdent pas ce schéma.

Une telle expérience ne saurait être qualifiée de plaisir, de bonheur ou d’accomplissement ; elle s’apparente plutôt au soulagement éprouvé lorsqu’on se libère d’urine ou d’excréments : l’homme souffre du poids de ces matières, puis, une fois le besoin satisfait, il se sent soulagé ; mais considérer cela comme un état de félicité, de jubilation ou de plaisir convoité est absurde.

De plus, ces deux jouissances qui passent pour les plus prisées parmi les gens ne sont accessibles (2) qu’au prix des impuretés qu’il faut toucher avant et après, ainsi que de la souffrance inévitable qui les suit.

(1) Le manuscrit T propose « khachya » (crainte). Voir Jamʿ al-ʿulûm wa-l-ḥikam, p. 557. (2) Les manuscrits T, D et Q donnent « wa lâ sabîl », lecture fautive.
وقيل لزاهد: ما الذي زهَّدك في الدُّنيا؟ فقال: «خِسَّةُ (١) شركائها، وقلَّةُ وفائها، وكثرةُ جفائها». وقيل لآخر في ذلك؛ فقال: «ما مددتُ يدي إلى شيءٍ منها إلا وجدتُ غيري قد سبقني إليه، فأتركُه له». ومنها: أنَّ الالتذاذَ بموقعها إنما هو بقدر شدَّة الحاجة إليها، والتألم بمطالبة النفس لتناولها، وكلَّما كانت شهوةُ الظَّفر بالشيء أقوى كانت اللذَّةُ الحاصلةُ بوجوده أكمل، فما لم تحصُل تلك الشهوةُ لم تحصُل تلك اللذَّة؛ فمقدارُ اللذَّة الحاصلة في الحال مساوٍ لمقدار الحاجة والألم والمضرَّة في الماضي؛ وحينئذٍ تتقابلُ اللذَّةُ الحاصلةُ والألمُ المتقدِّم، فيتساقطان، فتصيرُ اللذَّةُ كأنها لم توجد، ويصيرُ بمنزلة من شَقَّ بطنَ رجلٍ ثمَّ خاطَه وداواهُ بالمَراهم، أو بمنزلة من ضربه عشرةَ أسواطٍ وأعطاه عشرةَ دراهم! ولا تخرجُ لذَّاتُ الدنيا غالبًا عن ذلك. ومثلُ هذا لا يُعَدُّ لذَّةً ولا سعادةً ولا كمالًا، بل هو بمنزلة قضاء الحاجة من البول والغائط؛ فإنَّ الإنسان يتضرَّرُ بثِقْله، فإذا قضى حاجتَه استراح منه، فأمَّا أن يعدَّ ذلك سعادةً وبهجةً ولذَّةً مطلوبةً فلا. ومنها: أنَّ هاتين اللذَّتين اللَّتين هما آثرُ اللذَّات عند الناس لا سبيل (٢) إلى نيلهما إلا بما يقترنُ بهما قبلهما وبعدهما من مباشرة القاذورات والتألُّم الحاصل عقيبهما.
(١) (ت): «خشية». وانظر: «جامع العلوم والحكم» (٥٥٧). (٢) (ت، د، ق): «ولا سبيل». خطأ.

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