Or ce plaisir est entaché de multiples manières :
Premièrement, le simple fait d’imaginer qu’il puisse disparaître, s’achever et s’anéantir suffit à l’assombrir (1).
Deuxièmement, il est mêlé aux fléaux, pétri de douleurs et traversé de craintes ; le plus souvent, la peine qu’il engendre ne vaut pas la douceur qu’il procure, comme on l’a dit :
« J’ai mis en balance sa grâce et ses méfaits ;
et j’ai vu que la beauté ne compense pas la laideur. » (2)
Troisièmement, les gens vils et les marginaux y participent tout autant que les notables et les sages, voire les surpassent dans l’excès et l’indécence. Leurs rapports, face aux hommes de qualité, ressemblent à ceux des bêtes brutes à l’égard des humains. Le fait que ces individus ignobles y prennent part – et même l’emportent sur les gens raisonnables – suscite la répulsion et le détachement ; nombre de personnes ont ainsi renoncé à l’objet de leur amour ou de leur désir.
On retrouve abondamment cette idée dans la poésie et la prose, comme il a été dit :
« Je délaisserai son amour, sans pourtant la haïr ;
mais la multitude des rivaux m’en détourne. »
« Quand une mouche se pose sur un plat,
je retire la main, bien que mon âme en ait envie. »
« Les lions se gardent de s’abreuver à une eau
où les chiens ont plongé leur langue. » (3)