Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Or ce plaisir est entaché de multiples manières :

Premièrement, le simple fait d’imaginer qu’il puisse disparaître, s’achever et s’anéantir suffit à l’assombrir (1).

Deuxièmement, il est mêlé aux fléaux, pétri de douleurs et traversé de craintes ; le plus souvent, la peine qu’il engendre ne vaut pas la douceur qu’il procure, comme on l’a dit :

« J’ai mis en balance sa grâce et ses méfaits ;
et j’ai vu que la beauté ne compense pas la laideur. » (2)

Troisièmement, les gens vils et les marginaux y participent tout autant que les notables et les sages, voire les surpassent dans l’excès et l’indécence. Leurs rapports, face aux hommes de qualité, ressemblent à ceux des bêtes brutes à l’égard des humains. Le fait que ces individus ignobles y prennent part – et même l’emportent sur les gens raisonnables – suscite la répulsion et le détachement ; nombre de personnes ont ainsi renoncé à l’objet de leur amour ou de leur désir.

On retrouve abondamment cette idée dans la poésie et la prose, comme il a été dit :

« Je délaisserai son amour, sans pourtant la haïr ;
mais la multitude des rivaux m’en détourne. »

« Quand une mouche se pose sur un plat,
je retire la main, bien que mon âme en ait envie. »

« Les lions se gardent de s’abreuver à une eau
où les chiens ont plongé leur langue. » (3)

(1) Les manuscrits ḥ et n portent : « tanghîsihâ » (son amertume) ; les manuscrits d et q : « mûjib tanaghgusihâ » (la cause de son amertume). (2) Le vers est d’Abû Bakr b. al-Sarrâj, issu d’un poème de trois beaux distiques, mais il a été attribué par erreur à Ibn al-Mu‘tazz ; on le lit dans son Dîwân, t. 1, p. 386. La récompense afférente fut néanmoins touchée par ‘Ubayd Allâh b. Tâhir. Le récit est rapporté par al-Shâbash­tî, al-Diyârât, p. 118 ; Suyûtî, Inbâh al-ruwât, t. 3, p. 147 ; Yâqût, Irshâd al-arîb, n° 2535, entre autres. (3) Les mêmes vers figurent, sans attribution, dans al-Mustatraf, t. 1, p. 163 et t. 2, p. 434.
وهذه اللذَّةُ منغَّصةٌ من وجوهٍ عديدة: منها: أنَّ تصوُّرَ زوالها وانقضائها وفنائها يوجبُ تنغُّصَها (١). ومنها: أنها ممزوجةٌ بالآفات، معجونةٌ بالآلام، مختلطةٌ بالمخاوف، وفي الغالب لا يفي ألمُها بطِيبها، كما قيل: قايَسْتُ بين جمالها وفَعالها ... فإذا المَلاحةُ بالقَباحَةِ لا تَفِي (٢) ومنها: أنَّ الأراذلَ من الناس وسَقَطَهم يشاركون فيها كبراءَهم وعقلاءَهم، بل يزيدون عليهم فيها أعظمَ زيادةٍ وأفحشَها، فنسبتُهم فيها إلى الأفاضل كنسبة الحيوانات البهيميَّة إليهم، فمشاركةُ الأراذل وأهل الخِسَّة والدناءة فيها وزيادتُهم على العقلاء فيها مما يوجبُ النُّفرةَ والإعراضَ عنها، وكثيرٌ من الناس حصل له الزهدُ في المحبوب والمعشوق منها بهذه الطريق. وهذا كثيرٌ في أشعار الناس ونَثْرهم، كما قيل: سأتركُ حُبَّها من غير بُغْضٍ ... ولكنْ كثرةُ الشُّركاءِ فيهِ إذا وقعَ الذُّبابُ على طعامٍ ... رفعتُ يدي ونفسي تشتهيهِ وتجتنبُ الأسودُ ورودَ ماءٍ ... إذا كان الكلابُ يَلَغْنَ فيهِ (٣)
(١) (ح، ن): «تنغيصها». (د، ق): «موجب تنغصها». (٢) البيت لأبي بكر بن السرَّاج، مِنْ ثلاثة أبياتٍ حِسان، نُسِبَت خطأً لابن المعتز، وهي في ديوانه (١/ ٣٨٦)، وقبض جائزتها عبيدُ الله بن طاهر! الخبر في «الديارات» للشابشتي (١١٨)، و «إنباه الرواة» (٣/ ١٤٧)، و «إرشاد الأريب» (٢٥٣٥)، وغيرها. (٣) الأبيات في «المستطرف» (١/ ١٦٣، ٢/ ٤٣٤) دون نسبة.

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