Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

De nombreux esprits avisés sont allés jusqu’à soutenir qu’en réalité il n’existe aucun plaisir en soi ; il ne s’agit que de la suppression d’une souffrance (1). Ainsi, porter un vêtement, par exemple, n’a pour fonction que de nous préserver de la gêne provoquée par la chaleur, le froid ou le vent ; il n’y a là nulle volupté supplémentaire. De même, on ne mange que pour écarter la douleur de la faim ; si l’homme ne ressentait pas cette douleur, il ne trouverait aucun agrément à manger. Il en va de même pour la boisson quand la soif se fait sentir, et pour le repos après la fatigue.

Or il est manifeste que l’accomplissement de ces actes et leur obtention comporte, en soi, une peine et un dommage (2) ; mais ce tort et cette peine sont moindres que ceux qu’ils permettent d’écarter. L’être humain supporte donc le moindre des deux maux afin de repousser le plus grave.

On rapporte qu’un sage (3), à qui l’on demandait—alors qu’il venait d’avaler une coupe d’un remède particulièrement infect—« Comment le trouves-tu ? », répondit :

« Je me suis réveillé dans la demeure des épreuves ;
je repousse des maux par d’autres maux. »

En vérité, les jouissances terrestres liées à la nourriture, à la boisson, au vêtement, au logement ou au mariage relèvent toutes du même ordre. Le plaisir immédiat que perçoit le sens et qui met l’être vivant en mouvement (4)—plaisir ultime recherché dans l’union charnelle comme dans la prise de nourriture—se réduit à la convoitise du ventre et du sexe ; il n’en est pas de troisième, hormis ce qui sert de moyen ou de voie pour les obtenir.

(1) Voir infra, p. 782. (2) Tel est le texte des manuscrits ; la leçon correcte requiert toutefois l’accusatif. (3) Il s’agit d’Abu Ishaq al-Nazzam, qui cite ici un vers d’Abu l-Atahiya ; cf. Khass al-khass, p. 110 ; Muhadarat al-udaba, t. 4, p. 54 ; et, d’après le premier, Diwan Abi l-Atahiya wa-akhbaruh, p. 511. (4) Le manuscrit Q lit : « al-jasad » (« le corps »).
وقد ذهب كثيرٌ من العقلاء إلى أنها لا حقيقةَ لها، وإنما هي دفعُ آلامٍ فقط (١)؛ فإنَّ لبسَ الثِّياب ــ مثلًا ــ إنما فائدتُه دفعُ التألم بالحرِّ والبرد والريح، وليس فيها لذَّةٌ زائدةٌ على ذلك، وكذلك الأكلُ إنما فائدتُه دفعُ ألم الجوع، ولهذا لو لم يجد ألمَ الجوع لم يَسْتَطِب الأكل، وكذلك الشربُ مع العطش، والراحةُ مع التعب. ومعلومٌ أنَّ في مزاولة ذلك وتحصيله ألم وضرر (٢)، ولكنَّ ضررَه وألمَه أقلُّ من ضرر ما يُدْفَعُ به وألمِه، فيحتملُ الإنسانُ أخفَّ الضَّررين دفعًا لأعظمهما. وحُكِي عن بعض العقلاء (٣) أنه قيل له ــ وقد تناول قدحًا كريهًا جدًّا من الدواء ــ: كيف حالك معه؟ قال: أصبحتُ في دارِ بَلِيَّاتِ ... أدفعُ آفاتٍ بآفات وفي الحقيقة؛ فلذَّاتُ الدنيا من المآكل والمشارب والملبس والمسكن والمَنْكَح من هذا الجنس، واللذَّةُ التي يباشرُها الحِسُّ ويتحرَّكُ لها الحيُّ (٤) ــ وهي الغايةُ المطلوبةُ له من لذَّة المَنْكَح والمأكل ــ شهوةُ البطن والفَرْج، ليس لهما ثالثٌ البتَّة، إلا ما كان وسيلةً إليهما وطريقًا إلى تحصيلهما.
(١) انظر ما سيأتي (ص: ٧٨٢). (٢) كذا في الأصول. والجادةُ النصب. (٣) هو أبو إسحاق النظَّام، تمثَّل ببيت أبي العتاهية. انظر: «خاص الخاص» (١١٠)، و «محاضرات الأدباء» (٤/ ٥٤)، وعن الأول: «ديوان أبي العتاهية وأخباره» (٥١١). (٤) (ق): «الجسد».

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