est la source (1) de tous les fléaux, des souffrances et des multiples contrariétés. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer la diversité des caractères, des tempéraments et des volontés humaines : ce qui répugne à l’un plaît à l’autre ; l’intérêt de celui-ci devient la corruption de celui-là ; l’utilité de l’un se change en nuisance pour l’autre, et inversement. Le riche se trouve donc éprouvé par eux ; l’aversion, la répulsion et l’inimitié surgissent inévitablement entre eux et lui, car il est impossible de satisfaire tout le monde à la fois – ce serait vouloir concilier deux contraires. Or contenter les uns tout en mécontentant les autres engendre immanquablement discorde et hostilité.
Plus la fréquentation se prolonge, plus les causes de mal et d’animosité se multiplient et se renforcent ; c’est pour cette raison que le tort causé par les proches, les familiers et les intimes dépasse de loin celui qui vient des étrangers et des gens éloignés.
Or cette promiscuité n’existe qu’en raison de la richesse matérielle ; si celle-ci ne présentait pour eux aucun avantage (2), ils éviteraient sa compagnie et sa fréquentation, si bien qu’il serait dès lors préservé des nuisances de la sociabilité et du voisinage.
Ces fléaux n’existent pas dans la richesse que constitue la science.
Trente-cinquième point : la fortune n’est pas recherchée pour elle-même ni pour sa substance, car en elle-même elle ne procure aucun bénéfice : elle ne rassasie ni ne désaltère, ne réchauffe ni ne procure aucun agrément (3). On ne la recherche qu’en vue de ces choses ; étant seulement la voie qui y mène, elle n’est voulue qu’au titre de moyen. Or il est évident que les fins sont plus nobles que les moyens : ces fins lui sont donc supérieures, et, malgré leur noblesse par rapport à l’argent, elles demeurent imparfaites et dérisoires.