qu’un riche remet à un indigent un capital de départ (1) que celui-ci fait prospérer jusqu’à devenir riche à son tour.
Trente-troisième point : l’accumulation des biens matériels s’accompagne de trois catégories d’épreuves et de fléaux : l’une précède l’acquisition, la seconde l’accompagne et la troisième survient après la séparation.
• Première catégorie : les fatigues, contrariétés et souffrances sans lesquelles la richesse ne s’obtient pas.
• Seconde catégorie : la peine de la conserver et de la protéger, ainsi que l’attachement du cœur ; le possesseur ne se réveille qu’angoissé et ne se couche qu’affligé.
Il ressemble à un amoureux transi qui a conquis l’être désiré ; de toutes parts les regards l’épient, les langues et les cœurs le cribleraient de traits. Quel genre de vie, quel délice peut goûter celui dont telle est la condition ? Il sait en outre que ses ennemis et ses envieux ne cessent de comploter pour le séparer de son bien-aimé ; même s’ils n’en prennent pas possession eux-mêmes, leur objectif est de lui ôter ce privilège exclusif. S’ils y parviennent, tant mieux pour eux ; sinon, ils se consolent d’être tous réduits à la même privation, et l’exclusivité, si pénible aux âmes, s’évanouit.
S’ils avaient la possibilité d’en faire autant avec le savant, ils le feraient. Mais, conscients qu’il leur est impossible de lui ravir son savoir (2), ils s’emploient à le nier et à le renier afin de chasser des cœurs l’amour, la déférence et les éloges qu’il suscite. Si l’éclat de sa science réduit à néant leur négation obstinée, ils l’accablent alors de graves accusations et le chargent de tous les vices pour évincer l’affection des cœurs et y installer la répulsion et la haine. C’est là le travail même des sorciers : ces gens-là sont des sorciers de la langue.