En effet, parce que la nature incline spontanément vers ce qui apporte louange, éloge et considération, elle aime la libéralité (1), la largesse et les nobles bienfaits ; mais parce que la dépense lui fait perdre le pouvoir que confère la possession et engendre un besoin contraire à la plénitude de la richesse, elle aime conserver son argent et en vient à détester la générosité, la magnanimité et la libéralité.
Le cœur demeure donc suspendu entre ces deux appels qui le tirent chacun à soi et l’assaillent tour à tour ; il se tient dans une posture d’affrontement entre eux. Chez certains, le penchant pour la dépense, la munificence et la largesse l’emporte, et ils le privilégient ; chez d’autres, c’est le penchant pour la rétention, le maintien du pouvoir et de l’aisance qui prévaut, et ils le préfèrent. Voilà les deux perspectives que les gens raisonnables peuvent adopter.
Mais il en est dont l’ignorance et la sottise vont jusqu’à vouloir réunir les deux faces : ils promettent aux gens la largesse, la générosité et les nobles actions, espérant ainsi recueillir louanges et éloges ; puis, lorsque vient le moment de tenir parole, ils ne s’exécutent pas : prodigues et donateurs avec leur langue, ils restent avares de cœur et de main, s’exposant ainsi à toutes sortes de turpitudes et de scandales !
Si tu examines l’état des gens de ce monde parmi les riches, tu les verras prisonniers de ce fléau ; la plupart du temps, ils se plaignent et pleurent.
Quant au riche de la science, rien de tout cela ne l’atteint ; bien au contraire, plus il la prodigue, plus il éprouve joie, allégresse et contentement. Certes, le savant (2) est privé du plaisir des fortunés et de la jouissance qu’ils tirent de leurs biens, mais ces derniers, de leur côté, sont privés du plaisir des gens de savoir, de la jouissance qu’ils retirent de leurs connaissances et de l’allégresse qu’elles leur procurent.