est sa véritable richesse ; car la richesse qu’elle puise dans la science est la vraie richesse, tandis que celle qu’elle tire de l’argent n’est que pauvreté.
Vingt-huitièmement : celui que l’on fait passer au premier rang et que l’on honore pour sa fortune perd, dès que cette fortune disparaît, la préséance et les hommages qui l’accompagnaient (1) ; alors que celui que l’on fait avancer et que l’on honore pour son savoir ne fait que gagner encore en considération et en honneur.
Vingt-neuvièmement : promouvoir un homme pour sa fortune revient à le blâmer, car c’est proclamer son imperfection : n’était son argent, il mériterait d’être relégué et méprisé (2). En revanche, le faire avancer et l’honorer pour son savoir est l’expression même de sa perfection, puisqu’on l’honore pour sa propre personne et pour une qualité intrinsèque, non pour quelque chose d’extérieur à lui.
Trentièmement : celui qui recherche la perfection dans la richesse matérielle est semblable à quelqu’un qui veut réunir deux contraires ; il convoite donc ce qu’il est impossible d’atteindre.
Voici l’explication : la capacité d’agir est une qualité de perfection, et toute qualité de perfection est aimée pour elle-même ; de même, l’autonomie à l’égard d’autrui est, elle aussi, une qualité de perfection aimée pour elle-même. Si, par nature, un homme est porté à la largesse, à la générosité et aux nobles bienfaits, il s’agit là d’une perfection recherchée par les gens raisonnables et chère aux âmes. Mais lorsqu’il constate que cela implique la sortie de l’argent de ses mains, entraînant pour lui un manque, le besoin des autres et la perte de son pouvoir, son âme se détourne alors de la magnanimité, de la générosité, de la libéralité et du bienfait, et il s’imagine que sa perfection réside dans la rétention de sa richesse.
Or cette calamité est solidement enracinée chez la plupart des créatures : ils ne s’en départent guère (3).