de l’argent que l’on convoite avec ardeur, le rabaissant et le méprisant ; tandis qu’ils exaltent l’ardeur déployée dans la collecte et l’acquisition de la science, en font l’éloge, l’aiment et la tiennent pour un accomplissement parfait.
Vingt-deuxièmement : ils s’accordent tous à vénérer celui qui se montre détaché de la fortune, qui refuse de l’amasser, n’y prête aucune attention et ne réduit pas son cœur en esclavage pour elle ; et ils s’accordent tous à blâmer celui qui se détourne du savoir, qui ne s’y intéresse pas et n’en est pas avide.
Vingt-troisièmement : on ne loue le possesseur d’une richesse matérielle qu’en raison du fait qu’il s’en dépouille et la distribue, alors que l’on ne loue le possesseur de la science qu’en raison du fait qu’il s’en orne et s’en qualifie.
Vingt-quatrièmement : l’aisance financière est inséparable de la crainte et de la tristesse ; on est triste avant de l’obtenir, inquiet après l’avoir obtenue, et plus elle s’accroît, plus la peur s’intensifie. L’aisance que confère la science, elle, s’accompagne de sécurité, de joie et de bonheur.
Vingt-cinquièmement : celui qui est riche de son argent sera nécessairement séparé de sa fortune et souffrira de cette séparation ; la richesse que procure la science, en revanche, ne disparaît pas : son détenteur ne souffre ni ne s’afflige. Le plaisir que donne l’abondance matérielle est un plaisir éphémère, interrompu, auquel succède la douleur, tandis que le plaisir qu’apporte la richesse scientifique est un plaisir durable, continu, qu’aucune peine ne vient entacher.
Vingt-sixièmement : la jouissance (1) et la perfection que l’âme goûte dans la richesse ne sont qu’un emprunt voué à être restitué ; l’éclat qu’elle retire de l’argent ressemble à un vêtement emprunté qu’il lui faudra rendre tôt ou tard. Quant à l’éclat et à la perfection qu’elle tire de la science, ils constituent une qualité qui lui est propre, solidement ancrée en elle et qui ne la quitte jamais.
Vingt-septièmement : la richesse issue de l’argent est, en réalité, la pauvreté même de l’âme, tandis que la richesse issue de la science