Aussi, puisque le cœur est un réceptacle, et que l’oreille en constitue l’entrée et la porte, l’acquisition de la science dépend d’une écoute de qualité et de la bonne saisie par le cœur.
L’intellection – ʿaql (le fait de comprendre et de retenir) – consiste à garder fermement ce qui est parvenu au cœur de sorte qu’il ne s’en échappe pas. De là l’expression « entraver le chameau ou la monture » (ʿaql al-baʿîr wa-d-dâbba) et le terme ʿiqāl pour désigner le lien qui sert à attacher : l’intelligence de l’homme a été appelée ʿaql parce qu’elle l’empêche de suivre l’égarement et la perdition. On la nomme également ḥijr (barrière), car elle protège son détenteur comme un enclos préserve ce qu’il renferme.
Ainsi, « saisir » (ʿaql) une chose est plus spécifique que la « connaître » ou la « savoir » : celui qui la saisit ne la laisse pas se perdre, tout comme il attache l’animal dont il craint la fugue.
La perception comporte plusieurs degrés dont la force varie : d’abord le simple ressenti (shuʿūr), puis la compréhension (fahm), la connaissance intuitive (maʿrifa), la science (ʿilm), et enfin l’intellection proprement dite (ʿaql). Ici, par ʿaql nous entendons l’acte d’intellection lui-même, non pas la faculté innée qu’Allah a placée dans l’être humain.
Le meilleur des cœurs est donc celui qui accueille le bien et le retient. Il ne ressemble ni au cœur endurci qui le repousse – un cœur de pierre – ni au cœur mou et irréfléchi qui l’accepte sans le conserver ni le maîtriser. Faire comprendre au premier revient à graver sur la pierre ; faire comprendre au second, c’est comme écrire sur l’eau. Le cœur idéal est à la fois souple et ferme : sa douceur lui permet de recevoir l’empreinte, et sa solidité d’en conserver la forme. L’y instruire équivaut alors à graver dans la cire ou dans toute matière analogue.