Cent-vingt-neuvième aspect : Kumayl ibn Ziyâd al-Nakhaʿî rapporte : « ʿAlî ibn Abî Tâlib me prit par la main et me mena vers la Jabbanah (1). Arrivé en rase campagne, il poussa un profond soupir, puis dit :
« Ô Kumayl ibn Ziyâd, les cœurs sont des réceptacles, et le meilleur est celui qui contient le plus de bien. Grava en toi mes paroles : les gens se répartissent en trois catégories : un savant rapproché du Seigneur, un apprenant engagé sur la voie du salut, et une multitude de gueux sans repères, qui suivent chaque crieur et tournent avec tous les vents ; ils ne se sont jamais éclairés à la lumière du savoir ni réfugiés auprès d’un appui solide.
« La science est supérieure à la richesse : la science te garde, alors que c’est toi qui gardes la richesse ; la science croît lorsqu’on la répand — selon une autre version : lorsqu’on la met en pratique — tandis que la richesse diminue quand on la dépense ; la science commande, alors que la richesse est commandée ; l’amour de la science (2) est une religion à laquelle on adhère.
« La science attire au savant l’obéissance durant sa vie et une belle renommée après sa mort ; les bienfaits de la richesse disparaissent avec elle. Les thésauriseurs meurent tout en étant vivants, tandis que les savants demeurent tant que dure le temps : leurs personnes ont disparu, mais leurs semblables subsistent dans les cœurs.
« Ah ! ah ! Il y a ici — et il désigna sa poitrine de la main — un savoir ; si seulement je lui trouvais des porteurs ! Oui (3), j’ai bien trouvé un esprit vif (4) mais auquel on ne peut se fier : il instrumentalise l’appareil de la religion pour la vie d’ici-bas, brandit les arguments d’Allah contre Son Livre et Ses bienfaits contre Ses serviteurs. Ou bien c’est un homme soumis aux gens de la vérité, mais privé de clairvoyance intérieure (5), chez qui le doute s’allume dès la première brise d’ambiguïté. Attention ! Ni celui-là ni… »