Et il ne fait aucun doute que la plupart des hadiths portent sur la prière et sur le jihâd.
Quant à Mâlik, Ibn al-Qâsim rapporte : « J’ai entendu Mâlik dire : “Des gens ont recherché la dévotion et ont négligé la science ; ils se sont alors dressés, l’épée à la main, contre la communauté de Muhammad ﷺ. S’ils avaient recherché (1) la science, elle les en aurait empêchés.” » (2)
Mâlik dit encore : « Abû Mûsâ al-Ashʿarî écrivit à ʿUmar ibn al-Khattâb pour l’informer que, chez nous, un certain nombre de personnes avaient mémorisé le Coran. ʿUmar lui répondit : “Alloue-leur une part du bayt al-mâl (le Trésor public).” L’année suivante, Abû Mûsâ lui écrivit de nouveau : “Le nombre de ceux qui ont mémorisé le Coran est bien plus important.” ʿUmar répliqua : “Raye-les du dîwân (le registre de l’État) ; je crains qu’en se hâtant de mémoriser le Coran, les gens ne s’attachent pas à comprendre la religion et n’en viennent à en fausser l’interprétation.” » (3)
Ibn Wahb raconte : « J’étais assis devant Mâlik ibn Anas ; j’ai posé mes tablettes et me suis levé pour la prière. Il me dit : “Ce vers quoi tu t’es levé n’est pas meilleur que ce que tu viens de laisser.” » (4)
(1) Les manuscrits Q, T, N et H portent : « Suivez ».
(2) Voir plus haut, p. 230, la parole d’al-Hasan.
(3) La version initiale du récit a été rapportée, sous une forme abrégée, par Ibn Saʿd, al-Tabaqat, 9/130 ; voir aussi : Muʿammar, al-Jamiʿ, 11/217 ; al-Maʿrifa wa-t-tarikh, 1/516 ; al-Mustadrak, 3/540 ; ʿAbd Allah b. Ahmad, al-Sunna, 1/135.
(4) Signalé par Ibn Shahin, Madhahib ahl al-sunna, 64, et par Ibn ʿAbd al-Barr, Jamiʿ bayan al-ʿilm, 1/122.
La prière pour laquelle Ibn Wahb se leva était une prière obligatoire, comme le montre clairement la version d’Ibn Shahin. D’où la question : comment la recherche du savoir pourrait-elle être supérieure à une prière prescrite ? L’imam Malik l’explique ainsi : la prière n’est pas étroitement exigible dès l’entrée de son horaire ; lorsqu’il y a risque de perdre un enseignement, le consigner aussitôt est préférable au fait de prier dès le début du temps légal. Cf. Ibn Rushd, al-Muqaddimat wa-l-muhammadat, 1/43 et 51, et le prologue du Kitab al-muʾammal li-r-radd ila-l-amr al-awwal d’Abu Shama, 55. On peut aussi comprendre que l’étude prévaut uniquement sur la recherche du premier rang ou de la takbira al-ihram, comme le suggère la version d’Ibn Shahin.