– et une raison acquise, tirée de l’expérience ; elle est l’enfant du savoir, son fruit et son aboutissement.
Lorsque ces deux sortes de raison se réunissent chez un serviteur, c’est là la grâce d’Allah : Il l’accorde à qui Il veut. Son existence s’en trouve harmonisée, et les légions du bonheur convergent vers lui de toutes parts. S’il les perd toutes deux, la bête brute est mieux lotie que lui ; et si l’une fait défaut sans l’autre, l’homme est diminué d’autant.
Parmi les gens, certains donnent la préférence à celui qui possède la raison innée, d’autres à celui qui détient la raison acquise.
En vérité, l’homme doté d’une raison innée mais dépourvu de science et d’expérience est victime d’un fléau : l’hésitation et le fait de laisser passer les occasions, car son entendement le retient de les saisir faute d’en connaître la nature. Quant à celui qui possède la raison acquise et apprise, c’est l’audace qui le met en péril : la connaissance des occasions et de leurs voies le pousse à s’y précipiter, et sa raison innée ne parvient pas toujours à le retenir ; ainsi est-il le plus souvent atteint par son audace, tandis que le premier l’est par sa réserve.
Si, à la raison innée, vient s’ajouter une raison de foi reçue de la niche lumineuse de la prophétie (1), et non une raison utilitaire, empreinte d’hypocrisie, dont les partisans s’imaginent posséder quelque chose — alors qu’en vérité ils ne sont que mensonges —, ces derniers considèrent qu’être raisonnable consiste à satisfaire les gens, quelles que soient leurs catégories, à vivre en paix avec eux et à attirer (2) leur affection et leur amour.
Or, outre que cela est irréalisable, il s’agit en réalité de préférer la tranquillité et le confort au (3) fardeau de la nuisance encourue pour Allah, ainsi qu’à l’amour pour Lui et à la haine pour Lui ; et, même si ce comportement est plus sûr dans l’immédiat, il