Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Et un autre (1) a dit :
« Que ni les barbes ni les silhouettes ne te trompent ;
neuf dixièmes de ceux que tu vois ne sont que du bétail.
L’exemple du cyprès s’applique à eux :
il a fière allure, mais il ne donne aucun fruit. »

Plus éloquent que tout cela encore, la parole du Très-Haut : « Et lorsque tu les vois, leurs corps t’émerveillent ; et s’ils parlent, tu prêtes l’oreille à leurs propos ; ils sont pareils à des bûches appuyées. » [Les Hypocrites : 4]

Leur « savant », dit-on de lui :
« De simples bêtes de somme chargées de volumes (2),
qui n’en savent pas plus du meilleur de ces livres
que n’en savent les chameaux.
Par ta vie ! Le chameau, qu’il parte au matin
ou qu’il revienne chargé le soir,
ignore totalement ce que recèlent les besaces (3). »

Plus fort, plus bref et plus clair encore est la parole du Très-Haut : « Leur exemple est celui de l’âne qui porte des livres ; quel détestable exemple que celui de ces gens qui traitent les signes d’Allah de mensonge ! Et Allah ne guide pas les gens injustes. » [Le Vendredi : 5]

(1) Il s’agit du poète Ibn Lankak. Les deux vers se trouvent dans al-Yatima, t. 2, p. 410, accompagnés d’un troisième. Le second seul est cité dans Asrar al-balagha, p. 117, dans Thimar al-qulub, n° 846, et ailleurs. Les deux vers figurent également dans son recueil poétique, p. 27. (2) Pluriel de sifr (livre). Certains manuscrits portent « pour les poèmes ». Zawâmil désigne les chameaux sur lesquels un homme charge sa provision et ses effets ; al-abâʿir est le pluriel de baʿir (chameau) ; al-awsâq signifie « fardeaux » ; al-gharâʾir, des sacs en toile grossière ou assimilée. (3) Les deux vers sont de Marwân b. Abî Ḥafṣa ; on les lit dans al-Kâmil, p. 1037, dans al-ʿIqd, t. 2, p. 484, et dans son Dîwân, p. 58. Il y attaque des rapporteurs de poésie qui, tout en en colportant quantité, n’en comprennent pas le sens.
وقال آخر (١): لا تَخْدَعنْكَ اللِّحى ولا الصُّوَرُ ... تِسْعةُ أعشارِ من ترى بَقَرُ في شجَرِ السَّرْوِ منهمُ مَثَلٌ ... لها رُواءٌ وما لها ثَمَرُ وأحسنُ من هذا كلِّه قولُه تعالى: ﴿وَإِذَا رَأَيْتَهُمْ تُعْجِبُكَ أَجْسَامُهُمْ وَإِنْ يَقُولُوا تَسْمَعْ لِقَوْلِهِمْ كَأَنَّهُمْ خُشُبٌ مُسَنَّدَةٌ﴾ [المنافقون: ٤]. عالِمُهم كما قيل فيه: زَوامِلُ للأسْفارِ (٢) لا علمَ عندهم ... بجيِّدها إلا كعِلْمِ الأباعرِ لعَمرُك ما يدري البعيرُ إذا غدا ... بأوْسَاقِه أو راحَ ما في الغَرائرِ (٣) وأحسنُ من هذا وأبلغُ وأوجزُ وأفصحُ قولُه تعالى: ﴿كَمَثَلِ الْحِمَارِ يَحْمِلُ أَسْفَارًا بِئْسَ مَثَلُ الْقَوْمِ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِ اللَّهِ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ﴾ [الجمعة: ٥].
(١) وهو ابن لَنْكَك. والبيتان في «اليتيمة» (٢/ ٤١٠) ومعهما ثالث. والثاني وحده في «أسرار البلاغة» (١١٧)، و «ثمار القلوب» (٨٤٦)، وغيرهما. وهما في شعره المجموع (٢٧). (٢) جمعُ «سِفْر»، وهو الكتاب. وفي المصادر الآتية: «للأشعار». والزوامل: الإبلُ يحمِلُ عليها الرجلُ زاده ومتاعه. والأباعر: جمعُ بعير. والأوساق: الأحمال. والغرائر: أوعيةٌ من خَيْشٍ ونحوه. (٣) البيتان لمروان بن أبي حفصة في «الكامل» (١٠٣٧)، و «العقد» (٢/ ٤٨٤)، وفي شعره المجموع (٥٨)، يهجو قومًا من رُواة الشِّعر لا يَعْلَمُون ما هو، على استكثارهم من روايته.

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