Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

c’est pourquoi l’on qualifie les savants de « médecins des cœurs » (1). La comparaison n’est toutefois qu’approximative, car la réalité est bien plus considérable : beaucoup de peuples peuvent se passer de médecins, lesquels ne se trouvent que dans quelques contrées, et un homme peut traverser toute sa vie – ou une partie d’elle – sans jamais recourir à un praticien. Quant aux savants qui connaissent Allah et Ses commandements, ils sont la vie et l’âme même de l’existence ; on ne saurait s’en passer ne serait-ce qu’un clin d’œil.

Le besoin qu’a le cœur de la science n’est donc pas comparable à la nécessité de respirer : il est plus impérieux encore.

En somme, la science tient au cœur la place de l’eau pour le poisson : qu’il en soit privé et il meurt. Elle est au cœur ce que la lumière est à l’œil, l’ouïe à l’oreille, la parole à la langue ; s’il en est dépourvu, il devient semblable à un œil aveugle, une oreille sourde et une langue muette.

C’est pourquoi le Très-Haut décrit les gens de l’ignorance comme aveugles, sourds et muets ; tels sont les attributs de cœurs privés de savoir bénéfique, qui demeurent dans leur cécité, leur surdité et leur mutisme. Il dit : « Quiconque, ici-bas, est aveugle sera, dans l’au-delà, encore plus aveugle et plus égaré de la voie » (Al-Isrâ’ : 72) ; il s’agit ici de la cécité du cœur en ce monde. Il dit encore : « Le Jour de la Résurrection, Nous les rassemblerons sur leurs visages, aveugles, muets et sourds ; leur refuge sera la Géhenne » (Al-Isrâ’ : 97), car tels ils étaient déjà ici-bas, et le serviteur sera ressuscité dans l’état où il est mort.

Les exégètes ont divergé au sujet de la nature de cette cécité dans l’au-delà (2).

(1) Voir : Ihyaʾ ʿulūm ad-dīn, t. 1, p. 31 ; Majmūʿ al-fatāwā, t. 34, p. 210 ; Zād al-maʿād, t. 4, p. 31 ; Ighāthat al-lahfān, t. 1, p. 248 ; Madārij as-sālikīn, t. 1, p. 426 et 439, t. 2, p. 315. (2) Voir supra, p. 120.
يقالُ للعلماء: «أطبَّاءُ القلوب» (١) فهو لقَدْرٍ ما جامعٍ بينهما، وإلا فالأمرُ أعظمُ من ذلك؛ فإنَّ كثيرًا من الأمم يستغنون عن الأطبَّاء، ولا يوجدُ الأطبَّاء إلا في اليسير من البلاد، وقد يعيشُ الرجلُ عمره أو برهةً منه لا يحتاجُ إلى طبيب، وأما العلماءُ بالله وأمره فهم حياةُ الوجود وروحُه، ولا يستغنى عنهم طرفةَ عين. فحاجةُ القلب إلى العلم ليست كالحاجة إلى التنفُّس في الهواء، بل أعظَم. وبالجملة؛ فالعلمُ للقلب مثلُ الماء للسَّمك، إذا فقده مات، فنسبةُ العلم إلى القلب كنسبة ضوء العين إليها، وكنسبة سمع الأذن إليها، وكنسبة كلام اللِّسان إليه؛ فإذا عَدِمَه كان كالعين العمياء، والأذن الصَّمَّاء، واللِّسان الأخرس. ولهذا يصفُ سبحانه أهلَ الجهل بالعمى والصَّمَم والبَكَم، وذلك صفةُ قلوبهم، فَقَدَت العلمَ النافعَ فبَقِيَت على عماها وصَمَمها وبَكَمِها، قال تعالى: ﴿وَمَنْ كَانَ فِي هَذِهِ أَعْمَى فَهُوَ فِي الْآخِرَةِ أَعْمَى وَأَضَلُّ سَبِيلًا﴾ [الإسراء: ٧٢]، والمراد: عمى القلب في الدنيا، وقال تعالى: ﴿وَنَحْشُرُهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَلَى وُجُوهِهِمْ عُمْيًا وَبُكْمًا وَصُمًّا مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ﴾ [الإسراء: ٩٧]؛ لأنهم هكذا كانوا في الدنيا، والعبدُ يُبْعَثُ على ما مات عليه. واختُلِفَ في هذا العمى في الآخرة (٢).
(١) انظر: «الإحياء» (١/ ٣١)، و «مجموع الفتاوى» (٣٤/ ٢١٠)، و «زاد المعاد» (٤/ ٣١)، و «إغاثة اللهفان» (١/ ٢٤٨)، و «مدارج السالكين» (١/ ٤٢٦، ٤٣٩، ٢/ ٣١٥). (٢) انظر ما مضى (ص: ١٢٠).

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