pour chacun d’entre eux une perfection qui lui est propre, constituant le sommet de sa noblesse. Lorsqu’il est privé de cette perfection, l’être en question descend au rang immédiatement inférieur et se voit employé dans le cadre de ce rang ; cet usage devient alors, pour ses semblables, la perfection correspondant à ce niveau. S’il en vient encore à perdre cette qualité, on le rétrograde à l’échelon suivant, sans jamais le laisser inactif (1). Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il soit dépouillé de toute vertu ; il devient alors semblable aux ronces ou au bois de chauffage, bons seulement à alimenter le feu.
Ainsi, quand un cheval possède pleinement sa valeur équestre, on le réserve aux montures des rois et on le traite avec les honneurs dus à un tel destrier. S’il décline légèrement, on le destine à un personnage de rang inférieur au roi ; si sa déficience s’aggrave encore, on le confie aux simples soldats. S’il vient à manquer complètement des qualités requises, on l’utilise comme un âne : soit pour faire tourner la meule, soit pour transporter le fumier et autres fardeaux. Et lorsque même cela n’est plus possible, on l’emploie comme les moutons : on l’égorge et on le fait disparaître.
Comme le dit le proverbe (2) : « Deux chevaux se rencontrèrent ; l’un portait un roi, l’autre des outres à eau (3). Le cheval du roi dit : “N’es-tu pas mon compagnon ? N’étions-nous pas, toi et moi, dans la même écurie ? Qu’est-ce qui t’a fait descendre à ce rang ?” – Il répondit : “Rien d’autre que ceci : tu as trotté avec grâce un instant, tandis que moi je me suis attardé à flâner (4) !” »
De même, lorsqu’une épée rebondit sur la cible et n’est plus propre à l’usage pour lequel elle fut forgée, on en tire une hache ou