Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

pour chacun d’entre eux une perfection qui lui est propre, constituant le sommet de sa noblesse. Lorsqu’il est privé de cette perfection, l’être en question descend au rang immédiatement inférieur et se voit employé dans le cadre de ce rang ; cet usage devient alors, pour ses semblables, la perfection correspondant à ce niveau. S’il en vient encore à perdre cette qualité, on le rétrograde à l’échelon suivant, sans jamais le laisser inactif (1). Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il soit dépouillé de toute vertu ; il devient alors semblable aux ronces ou au bois de chauffage, bons seulement à alimenter le feu.

Ainsi, quand un cheval possède pleinement sa valeur équestre, on le réserve aux montures des rois et on le traite avec les honneurs dus à un tel destrier. S’il décline légèrement, on le destine à un personnage de rang inférieur au roi ; si sa déficience s’aggrave encore, on le confie aux simples soldats. S’il vient à manquer complètement des qualités requises, on l’utilise comme un âne : soit pour faire tourner la meule, soit pour transporter le fumier et autres fardeaux. Et lorsque même cela n’est plus possible, on l’emploie comme les moutons : on l’égorge et on le fait disparaître.

Comme le dit le proverbe (2) : « Deux chevaux se rencontrèrent ; l’un portait un roi, l’autre des outres à eau (3). Le cheval du roi dit : “N’es-tu pas mon compagnon ? N’étions-nous pas, toi et moi, dans la même écurie ? Qu’est-ce qui t’a fait descendre à ce rang ?” – Il répondit : “Rien d’autre que ceci : tu as trotté avec grâce un instant, tandis que moi je me suis attardé à flâner (4) !” »

De même, lorsqu’une épée rebondit sur la cible et n’est plus propre à l’usage pour lequel elle fut forgée, on en tire une hache ou

(1) Les manuscrits Q et D portent : « wa lâ tuʿaṭṭal » (« et qu’on ne la laisse pas inopérante »). (2) Voir la même idée dans : al-Bayân wa t-Tabyîn, vol. 2, p. 103 ; ʿUyûn al-Akhbâr, vol. 1, p. 235 ; al-Mudhish, p. 300. (3) Pluriel de rawiya, outre en peau contenant de l’eau ; cf. Lisân (entrée rawi). (4) L’expression takassaʿa fî ḍalâlih signifie : « il erra çà et là dans son égarement », forme voisine de taskassaʿa. L’auteur vise peut-être : « j’ai ressemblé aux ânes » ; ceux-ci sont appelés kusʿa car on les pousse (yuksʿa) par l’arrière, autrement dit on les frappe. Lisân (racine ksʿ). — Ms. T lit : « wa aynaʿat » ; ms. D : « talsaʿat », avec en suscrit la note : ainsi.
لكلِّ شيءٍ منها كمالًا يختصُّ به هو غايةُ شرفه، فإذا عَدِمَ كمالَه انتقل إلى الرتبة التي دونه واستُعمِلَ فيها، فكان استعمالُه فيها كمالَ أمثاله، فإذا عَدِمَ تلك أيضًا نُقِلَ إلى ما دونها، ولا يُعَطَّلُ (١)، وهكذا أبدًا، حتى إذا عَدِمَ كلَّ فضيلةٍ صار كالشَّوك وكالحطب الذي لا يصلحُ إلا للوقود. فالفَرسُ إذا كانت فيه فروسيَّتُه التامَّةُ أُعِدَّ لمراكب الملوك، وأُكرِمَ إكرامَ مثله، فإذا نزل عنها قليلًا أُعِدَّ لمن دون المَلِك، فإن ازداد تقصيرُه فيها أُعِدَّ لآحاد الأجناد، فإن تقاصر عنها جملةً استُعمِلَ استعمالَ الحمار، إمَّا حولَ المَدار، وإمَّا لنقل الزِّبْل ونحوه، فإن عَدِمَ ذلك استُعمِلَ استعمالَ الأغنام للذبح والإعدام. كما يقال في المثل (٢): إن فرسَيْن التقيا؛ أحدُهما تحت مَلِكٍ والآخرُ تحت الرَّوايا (٣)، فقال فرسُ الملك: أمَا أنت صاحبي وكنتُ أنا وأنت في مكانٍ واحد، فما الذي نزَل بك إلى هذه المرتبة؟! فقال: ما ذاك إلا أنك هَمْلَجْتَ قليلًا وتَكسَّعتُ (٤) أنا! وهكذا السيفُ إذا نبا عمَّا هُيِّاء له ولم يصلُح له، ضُرِبَ منه فأسٌ أو
(١) (ق، د): «ولا تعطل». (٢) انظر هذا المعنى في: «البيان والتبين» (٢/ ١٠٣)، و «عيون الأخبار» (١/ ٢٣٥)، و «المدهش» (٣٠٠). (٣) جمعُ راوية، وهي المزادةُ فيها الماء. «اللسان» (روي). (٤) تكسَّع في ضلاله: ذهبَ، كتسكَّع. وربما أراد: شابهتُ الحمير، سُمِّيت الحميرُ كُسعةً لأنها تُكْسَعُ في أدبارها، أي: تُضرب. «اللسان» (كسع). وفي (ت): «وأينعت». (د): «تلسعت»، وفوقها بخطٍّ دقيق: كذا.

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