sans même les convoiter, et une veine heureuse que peut décrocher (1) celui qui ne l’a pas provoquée, au gré d’un héritage, d’un présent ou de tout autre moyen. Quant au bonheur que procure la science, nul ne peut t’en faire héritier sinon l’engagement total de tes forces, la sincérité de ta quête et la rectitude de ton intention.
L’un des poètes l’a fort bien exprimé (2) :
« Dis donc à qui vise des desseins sublimes :
Sans effort acharné, tu rêves l’impossible. »
Et un autre a dit (3) :
« S’il n’y avait la peine, tous les hommes régneraient ;
La largesse appauvrit, l’audace est mortelle. »
Celui dont l’aspiration s’élève vers les plus hautes destinées se doit donc de barrer à sa détermination les chemins vils.
Certes, ce bonheur, au début, ne se sépare pas d’une dose de peine, de pénible contrainte et de gêne. Mais dès lors que l’âme y est forcée, qu’on la mène bon gré mal gré sur cette voie, et qu’elle endure ses rigueurs et sa rudesse, elle débouche sur des jardins luxuriants, des sièges de véracité et une noble station où toute jouissance, comparée à la sienne, ressemble au plaisir de l’enfant jouant avec un moineau face à la volupté des rois. L’état de celui qui y parvient se décrit alors comme dans ces vers :
« Je croyais que ma passion m’avait déjà porté
Au terme extrême, au-delà duquel plus rien ne m’attendait… »