Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

sans même les convoiter, et une veine heureuse que peut décrocher (1) celui qui ne l’a pas provoquée, au gré d’un héritage, d’un présent ou de tout autre moyen. Quant au bonheur que procure la science, nul ne peut t’en faire héritier sinon l’engagement total de tes forces, la sincérité de ta quête et la rectitude de ton intention.

L’un des poètes l’a fort bien exprimé (2) :
« Dis donc à qui vise des desseins sublimes :
Sans effort acharné, tu rêves l’impossible. »

Et un autre a dit (3) :
« S’il n’y avait la peine, tous les hommes régneraient ;
La largesse appauvrit, l’audace est mortelle. »

Celui dont l’aspiration s’élève vers les plus hautes destinées se doit donc de barrer à sa détermination les chemins vils.

Certes, ce bonheur, au début, ne se sépare pas d’une dose de peine, de pénible contrainte et de gêne. Mais dès lors que l’âme y est forcée, qu’on la mène bon gré mal gré sur cette voie, et qu’elle endure ses rigueurs et sa rudesse, elle débouche sur des jardins luxuriants, des sièges de véracité et une noble station où toute jouissance, comparée à la sienne, ressemble au plaisir de l’enfant jouant avec un moineau face à la volupté des rois. L’état de celui qui y parvient se décrit alors comme dans ces vers :
« Je croyais que ma passion m’avait déjà porté
Au terme extrême, au-delà duquel plus rien ne m’attendait… »

(1) Les manuscrits T, Q, D et H portent « yahuzuhu » (« il le détient »). Le terme bakht, d’origine persane, signifie « chance » ou « fortune ». (2) Il s’agit d’al-Khubz Aruzzi (T, p. 327). Voir le Mustadrak de son Diwan publié dans la Revue de l’Académie scientifique d’Irak, vol. 3, p. 42/141, ainsi que son recueil poétique édité dans la Revue de l’Institut des manuscrits, vol. 2, p. 39/135 ; les deux références renvoient à Muhadarat al-udaba, vol. 1, p. 156 et vol. 2, p. 446. (3) Il s’agit d’al-Mutanabbi, Diwan, p. 505, dans un qaṣida où il fait l’éloge de Fatek ; selon l’éditeur, c’est l’un de ses panégyriques les plus sincères.
غيرُ طالبه، وبَخْتٌ قد يحرزُه (١) غيرُ جالبِه من ميراثٍ أو هبةٍ أو غير ذلك، وأمَّا سعادةُ العلم فلا يورثُك إياها إلا بذلُ الوسع، وصدقُ الطَّلب، وصحةُ النية. وقد أحسنَ القائلُ في ذلك (٢): فقُلْ لِمُرجِّي معالي الأمور ... بغيرِ اجتهادٍ رَجَوْتَ المُحالا وقال الآخر (٣): لولا المشقَّةُ سادَ الناسُ كلُّهم ... الجُودُ يُفْقِرُ والإقدامُ قتَّالُ ومن طمَحَت همَّته إلى الأمور العَلِيَّة، فواجبٌ عليه أن يَسُدَّ على همَّته الطُّرقَ الدنيَّة. وهذه السعادةُ وإن كانت في ابتدائها لا تنفكُّ عن ضربٍ من المشقَّة والكَرْه والتأذِّي، فإنها متى أُكرِهَت النفسُ عليها، وسِيقَت طائعةً وكارهةً إليها، وصبرَت على لأوائها وشدَّتها، أفضتْ منها إلى رياضٍ مُونِقَة، ومقاعدِ صدقٍ ومقامٍ كريم، تجدُ كلَّ لذَّةٍ دونها كلذَّة لعب الصَّبيِّ بالعصفور بالنسبة إلى لذَّة الملوك؛ فحينئذٍ حالُ صاحبها كما قيل: وكنتُ أرى أنْ قد تناهى بيَ الهوى ... إلى غايةٍ ما بعدَها ليَ مذهبُ
(١) (ت، ق، د، ح): «يحوزه». والبَخْت: فارسية، بمعنى الحظِّ. (٢) وهو الخُبْزأرُزِّي (ت: ٣٢٧)، في مستدرك ديوانه المنشور بمجلة المجمع العلمي العراقي (٣/ ٤٢/١٤١)، وشعره المجموع في مجلة معهد المخطوطات (٢/ ٣٩/١٣٥)، كلاهما عن «محاضرات الأدباء» (١/ ١٥٦، ٢/ ٤٤٦). (٣) وهو المتنبي، في ديوانه (٥٠٥)، من كلمةٍ يمدح فيها فاتكًا، هي عندي من أصدق مدائحه.

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