et elle accompagne le serviteur dans tous ses voyages, puis dans ses trois demeures — j’entends la demeure d’ici-bas, la demeure intermédiaire (barzakh) et la demeure du séjour définitif — ; grâce à elle il gravit les paliers du mérite et les degrés de la perfection.
Quant à la première, elle ne l’accompagne (1) que dans l’endroit où se trouvent sa fortune et son prestige.
La seconde, pour sa part, est exposée à la disparition et au changement lorsque la créature décline et retourne à la faiblesse.
Il n’existe donc, à proprement parler, de bonheur véritable que ce troisième ; plus le temps passe, plus il gagne en force et en élévation. Si la richesse et le rang viennent à faire défaut, il devient la richesse et le rang du serviteur ; sa puissance et son effet se manifestent après la séparation d’avec le corps (2), quand les deux premiers bonheurs se sont éteints (3).
Nul ne prend la juste mesure de ce bonheur, ni n’est poussé à le poursuivre, sinon la connaissance qu’on en a ; ainsi, tout bonheur se ramène finalement à la science et à ce qu’elle requiert. Allah accorde la réussite à qui Il veut : nul ne peut retenir ce qu’Il donne, nul ne peut donner ce qu’Il retient.
Si la plupart des gens se détournent de l’acquisition et de la réalisation de ce bonheur, c’est à cause de la rudesse de son chemin, de l’amertume de ses débuts et de la peine qu’exige sa conquête : on n’y parvient qu’en empruntant un pont de labeur (4) ; il ne s’obtient que par un sérieux absolu, contrairement aux deux premiers (5), qui ne sont qu’une part que l’on peut obtenir