Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

et le savant le jaugea : il tâta le gué (1) sans rien y trouver. On lui demanda alors : « Qu’en as-tu pensé ? » Il répondit : « J’ai vu une demeure élégante, richement décorée, mais sans habitant ! »

  • La seconde félicité : un bonheur corporel et physique ; c’est la santé, l’équilibre de ses humeurs, la proportion de ses membres, la bonne harmonie de sa constitution, la limpidité de son teint et la vigueur de ses nerfs (2).

Cette félicité lui est plus proche que la première, mais, en vérité, elle demeure extérieure à son être et à sa réalité ; car l’être humain est humain par son esprit et par son cœur, non par sa chair et son corps, comme on l’a dit :

Ô toi qui sers le corps, que de peine tu te donnes à le servir !
C’est par l’esprit, non par le corps, que tu es vraiment humain (3).

Ainsi, le rapport de cette félicité à l’âme et au cœur est celui des vêtements au corps ; car le corps, lui aussi, n’est qu’un prêt consenti à l’esprit, un instrument à son service, l’une de ses montures. Par conséquent, sa santé, sa beauté et sa prestance représentent un bonheur extérieur à l’essence même de l’âme.

  • La troisième félicité : la véritable félicité, psychique, spirituelle et intérieure ; c’est la félicité qu’apporte la science utile et ses fruits, et c’est elle qui demeure lorsque les situations se renversent.
(1) Cette expression est une métaphore pour l’examen destiné à dévoiler le for intérieur d’une personne ; on la trouve également sous la forme sabr al-ghawr (sonder la profondeur). Voir : A. Teymour, Al-Muʿjam al-kabir, vol. 5, p. 322 ; Z. Mubarak, Al-Tasawwuf al-islami, p. 286. (2) Les manuscrits T, D et Q lisent : « aʿdāʾihi » (ses membres). (3) Ce vers est d’Abou l-Fath al-Bous­ti, Diwân, p. 311 ; certaines sources l’intègrent à sa célèbre nûniyya, tandis que plusieurs copies du Diwân le donnent isolé, avec un autre vers. Dans H et N, on trouve en outre : « Dans une autre version : Ô serviteur du corps, combien peines-tu à le servir… Tu cherches un profit qui n’est que perte. Préoccupe-toi de l’âme, complète-en les vertus, Car tu es homme par l’esprit, non par le corps ». Il s’agit de la version retenue par le Diwân ; je suppose qu’elle provient d’une remarque marginale qu’un copiste a fait entrer dans le texte.
فجَسَّ المَخاضَةَ (١) فلم ير شيئًا، فقالوا: كيف رأيته؟ فقال: رأيتُ دارًا حسنةً مزخرفةً ولكنْ ليس بها ساكن! * السعادة الثانية: سعادةٌ في جسمه وبدنه؛ كصحته واعتدال مِزاجه، وتناسُب أعضائه، وحُسْن تركيبه، وصفاء لونه، وقوَّة أعصابه (٢). فهذه ألصقُ به من الأولى، ولكن هي في الحقيقة خارجةٌ عن ذاته وحقيقته؛ فإنَّ الإنسانَ إنسانٌ بروحه وقلبه لا بجسمه وبدنه، كما قيل: يا خادمَ الجسم كم تشقى بخدمته ... فأنت بالرُّوح لا بالجِسْم إنسانُ (٣) فنسبةُ هذه إلى روحه وقلبه كنسبة ثيابه ولباسه إلى بدنه؛ فإنَّ البدنَ أيضًا عاريةٌ للرُّوح وآلةٌ لها ومركبٌ من مراكبها، فسعادتُها بصحَّته، وجمالُه وحُسْنُه سعادةٌ خارجةٌ عن ذاتها وحقيقتها. * السعادة الثالثة: هي السعادةُ الحقيقية، وهي سعادةٌ نفسانيةٌ روحيةٌ قلبية، وهي سعادةُ العلم النافع وثمرتُه؛ فإنها هي الباقيةُ على تقلُّب الأحوال،
(١) كنايةٌ عن اختبار المرء لكشف دخيلته. ويرادفه: سَبْر الغَوْر. انظر: «المعجم الكبير» لتيمور (٥/ ٣٢٢)، و «التصوف الإسلامي» لزكي مبارك (٢٨٦). (٢) (ت، د، ق): «أعضائه». (٣) البيت لأبي الفتح البستي في «ديوانه» (٣١١)، وهو في بعض المصادر ضمن نونيَّته المشهورة، وورد مع آخر في نسخ الديوان منفردين عنها. وفي (ح، ن) بعد البيت زيادة: «وفي رواية: يا خادم الجسم كم تشقى بخدمته ... لتطلب الربح مما فيه خسران أقبل على النفس فاستكمل فضائلها ... فأنت بالروح لا بالجسم إنسان» وهي رواية الديوان، وأظنها كانت تعليقًا لأحد القرَّاء، فأدخله الناسخ في الأصل.

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