Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Ainsi, la félicité et l’enthousiasme qu’inspire ce genre de biens ressemblent à la jubilation d’un chauve devant l’opulente chevelure de son cousin ; la beauté qu’on en retire est celle d’un homme que ses habits et son apparat seuls rendent séduisant. Que ton regard dépasse son vêtement, et tu verras qu’au-delà d’Abbadân, il n’est plus de village (1).

On rapporte qu’un savant voyageait sur un navire en compagnie de riches marchands ; le bateau fit naufrage, et ceux qui vivaient naguère dans la splendeur de la fortune sombrèrent dans l’humiliation de la pauvreté. Le savant, lui, parvint jusqu’à la ville, où l’on l’honora et le combla de présents et de marques de considération. Quand les marchands s’apprêtèrent à regagner leur contrée, ils lui demandèrent : « Souhaites-tu que nous remettions une lettre ou un message aux tiens ? » Il répondit : « Oui ; dites-leur ceci : lorsque vous acquérez une richesse, veillez à ce qu’elle ne coule pas au fond si le bateau vient à se briser. » (2)

Un homme à l’allure soignée, vêtu d’habits élégants et d’une prestance remarquable, rencontra un savant, (3)

(1) Abadan est une localité située sur la rive ouest du Tigre, au sud de Bassora ; au-delà ne s’étendait autrefois aucun village, seulement la mer (le golfe Arabo-Persique). Aujourd’hui, c’est un grand port où aboutissent les oléoducs iraniens. Voir : Muʿjam al-Buldan, art. « Abadan » ; al-Rawd al-miʿtar, p. 407 ; Lands of the Eastern Caliphate, p. 70. — L’expression constitue un proverbe : on l’emploie pour désigner un homme à la belle apparence mais sans consistance réelle. Cf. Majmaʿ al-Amthal, 2/257 ; al-Kinaya wa-t-Taʿrid, p. 115 ; Tatimmat Yatimat ad-Dahr, 5/235. — Le contexte de l’auteur reprend ces vers attribués à al-Khawarizmi ou à un autre : « Abu Saʿd possède un somptueux manteau, mais sous ce vêtement règne la nudité ; si, après l’avoir dépouillé de son habit, tu vas plus loin, il n’est pas de village après Abadan. » Voir : Muhadarat al-Udaba, 4/16 ; Rasaʾil ath-Thaʿalibi, p. 137. (2) Voir : al-Kalimat ar-Ruhaniyya d’Ibn Hindu, p. 90 ; Mukhtar al-Hikam d’al-Mubashshir ibn Fatik, p. 32 ; extrait de Sawan al-Hikma, p. 217 ; Nuzhat al-Arwah de Shahrzuri, 1/306. (3) Avec une voyelle brève u sur le r : le mot désigne un paysage agréable. Cf. Lisan al-Arab, art. « ruy ».
فالسعادةُ والفرحُ بهذه كفرح الأقرع بجُمَّة ابن عمِّه، والجمالُ بها كجمال المرء بثيابه وبِزَّته، فإذا جاوز بصرُك كسوتَه فليس وراء عَبَّادان قرية (١). ويحكى عن بعض العلماء أنه ركبَ مع تجَّارٍ في مركب، فانكسرت بهم السفينة، فأصبحوا بعد عزِّ الغنى في ذلِّ الفقر، ووصلَ العالِمُ إلى البلد، فأُكرِمَ وقُصِدَ بأنواع التُّحف والكرامات، فلمَّا أرادوا الرجوع إلى بلادهم قالوا له: هل لك إلى قومك كتابٌ أو حاجة؟ فقال: نعم، تقولون لهم: إذا اتخذتم مالًا فاتخذوا مالًا لا يغرقُ إذا انكسرت السفينة (٢). واجتمعَ رجلٌ ذو هيئةٍ حسنةٍ ولباسٍ جميلٍ ورُوَاءٍ (٣) برجلٍ عالِم،
(١) عبَّادان: بلدةٌ على الضفَّة الغربية لدجلة، تحت البصرة، ليس وراءها قريةٌ غير البحر (الخليج العربي)، وهي الآن ميناءٌ كبير تنتهي فيه أنابيب النفط الإيراني. انظر: «معجم البلدان» (عبادان)، و «الروض المعطار» (٤٠٧)، و «بلدان الخلافة الشرقية» (٧٠). والعبارةُ مثلٌ سائر. وتطلقُ كنايةً عن الرجل الحسن الصورة وليس وراءه حاصل. انظر: «مجمع الأمثال» (٢/ ٢٥٧)، و «الكناية والتعريض» (١١٥)، و «تتمة يتيمة الدهر» (٥/ ٢٣٥). وسياقُ المصنف مأخوذٌ من قول الخوارزمي أو غيره: أبو سعدٍ له ثوبٌ نفيسٌ ... ولكن تحت ذاك الثوب عرية فإن جاوزت كسوتَه إليه ... فليس وراء عبادان قرية انظر: «محاضرات الأدباء» (٤/ ١٦)، و «رسائل الثعالبي» (١٣٧). (٢) انظر: «الكلم الروحانية» لابن هندو (٩٠)، و «مختار الحكم» للمبشر بن فاتك (٣٢)، ومنتخب «صوان الحكمة» (٢١٧)، و «نزهة الأرواح» للشهرزوري (١/ ٣٠٦). (٣) بضمِّ الراء. وهو المنظر الحسن. «اللسان» (روي).

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