Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Imaginons deux individus : l’un entend les paroles du Messager sans voir sa personne, tandis que l’autre, bien qu’il le voie, n’entend rien de son discours parce qu’il est sourd ; pourrait-on vraiment les mettre sur le même plan ?!

Par ailleurs, celui qui a perdu la vue n’est privé que de la perception de certaines réalités particulières et visibles ; il peut encore se les représenter grâce aux descriptions, fût-ce de façon approximative. Quant à celui qui a perdu l’ouïe, le savoir qui lui échappe ne saurait, en aucune manière, être rattrapé par la seule vision, même de loin.

Il faut également relever qu’Allah — exalté soit-Il — blâme, dans le Coran, les mécréants pour leur manque d’écoute bien plus souvent qu’Il ne les stigmatise pour leur cécité ; et lorsqu’Il les critique au sujet de la vue, c’est toujours en corrélation avec la déficience de l’intelligence et de l’ouïe.

En outre, les connaissances que l’ouïe déverse dans le cœur ne s’accompagnent ni de lassitude, ni d’ennui, ni de fatigue, malgré leur abondance (1) et leur ampleur. Celles que la vue y apporte, au contraire, s’assortissent promptement de fatigue, de faiblesse et d’incomplétude ; parfois même leur détenteur craint de les voir s’évanouir, tant elles sont rares et limitées au regard de celles que transmet l’ouïe.

• Un autre groupe, parmi lesquels Ibn Qutayba, a cependant soutenu que la vue est supérieure (2). Selon eux, le plus haut degré de béatitude, la jouissance la plus noble et la plus exquise, consiste à contempler Allah dans l’au-delà ; or cette félicité ne s’obtient que grâce à la faculté visuelle. Cet argument, à lui seul, suffirait à conférer la prééminence à la vue.

Ils ajoutent que la vue est l’avant-garde, l’éclaireur et le guide du cœur ; elle lui est plus intimement liée que ne l’est l’ouïe. C’est pourquoi, soulignent-ils, les deux sens sont fréquemment associés dans le Livre, comme dans cette parole du Très-Haut : « Réfléchissez donc, ô vous … »

(1) [H] : « en raison de son abondance ». (2) L’auteur rapporte que Ibn Qutayba préférait la vue, et il en reproduit l’avis dans Bada’iʿ al-Fawāʾid, p. 124, d’après al-Juwayni ; cette attribution est toutefois erronée. Dans Taʾwīl Mushkil al-Qurʾān, p. 7 – référencé par al-Juwayni, Ibn Taymiyya et d’autres –, Ibn Qutayba défend en réalité la supériorité de l’ouïe. La version correcte de ce témoignage figure à nouveau, cette fois sans erreur, dans Bada’iʿ al-Fawāʾid, p. 1106.
ولو فرضنا شخصين: أحدهما يسمعُ كلام الرسول ولا يرى شخصَه، والآخر بصيرٌ يراه ولا يسمعُ كلامَه لصممه، هل كانا سواءً؟! وأيضًا؛ ففاقدُ البصر إنما يفقدُ إدراكَ بعض الأمور الجزئية المشاهَدة، ويمكنُه معرفتُها بالصِّفة ولو تقريبًا، وأمَّا فاقدُ السمع فالذي فاته من العلم لا يمكنُ حصولُه بحاسَّة البصر ولا قريبًا. وأيضًا؛ فإنَّ ذمَّ الله تعالى للكفار بعدم السمع في القرآن أكثرُ من ذمِّه لهم بعدم البصر، بل إنما يذمُّهم بعدم البصر تبعًا لعدم العقل والسمع. وأيضًا؛ فإنَّ الذي يُورِدُه السمعُ على القلب من العلوم لا يلحقُه فيه كلالٌ ولا سآمةٌ ولا تعبٌ مع كثرته (١) وعِظَمِه، والذي يُورِدُه البصرُ عليه يلحقُه فيه الكَلالُ والضعفُ والنقص، وربَّما خشي صاحبُه على ذهابه مع قلَّته ونزارته بالنسبة إلى السمع. * وقالت طائفة، منهم ابن قتيبة: بل البصرُ أفضل (٢)؛ فإنَّ أعلى النعيم وأفضلَه وأعظمَه لذَّةً هو النظرُ إلى الله في الدار الآخرة، وهذا إنما ينالُ بالبصر، وهذه وحدها كافيةٌ في تفضيله. قالوا: وهو مقدِّمةُ القلب وطليعتُه ورائدُه، فمنزلتُه منه أقربُ من منزلة السمع؛ ولهذا كثيرًا ما يُقْرَنُ بينهما في الذِّكر؛ كقوله تعالى: ﴿فَاعْتَبِرُوا يَاأُولِي
(١) (ح): «من كثرته». (٢) كذا ذكر المصنفُ قول ابن قتيبة، ونقله في «بدائع الفوائد» (١٢٤) عن الجويني عنه. وهو وهم. والذي في «تأويل مشكل القرآن» (٧) ــ ونقله الجوينيُّ وابن تيمية وغيرهما ــ هو القولُ بتفضيل السمع. ووقعت حكايته على الصواب في «بدائع الفوائد» (١١٠٦).

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