Imaginons deux individus : l’un entend les paroles du Messager sans voir sa personne, tandis que l’autre, bien qu’il le voie, n’entend rien de son discours parce qu’il est sourd ; pourrait-on vraiment les mettre sur le même plan ?!
Par ailleurs, celui qui a perdu la vue n’est privé que de la perception de certaines réalités particulières et visibles ; il peut encore se les représenter grâce aux descriptions, fût-ce de façon approximative. Quant à celui qui a perdu l’ouïe, le savoir qui lui échappe ne saurait, en aucune manière, être rattrapé par la seule vision, même de loin.
Il faut également relever qu’Allah — exalté soit-Il — blâme, dans le Coran, les mécréants pour leur manque d’écoute bien plus souvent qu’Il ne les stigmatise pour leur cécité ; et lorsqu’Il les critique au sujet de la vue, c’est toujours en corrélation avec la déficience de l’intelligence et de l’ouïe.
En outre, les connaissances que l’ouïe déverse dans le cœur ne s’accompagnent ni de lassitude, ni d’ennui, ni de fatigue, malgré leur abondance (1) et leur ampleur. Celles que la vue y apporte, au contraire, s’assortissent promptement de fatigue, de faiblesse et d’incomplétude ; parfois même leur détenteur craint de les voir s’évanouir, tant elles sont rares et limitées au regard de celles que transmet l’ouïe.
• Un autre groupe, parmi lesquels Ibn Qutayba, a cependant soutenu que la vue est supérieure (2). Selon eux, le plus haut degré de béatitude, la jouissance la plus noble et la plus exquise, consiste à contempler Allah dans l’au-delà ; or cette félicité ne s’obtient que grâce à la faculté visuelle. Cet argument, à lui seul, suffirait à conférer la prééminence à la vue.
Ils ajoutent que la vue est l’avant-garde, l’éclaireur et le guide du cœur ; elle lui est plus intimement liée que ne l’est l’ouïe. C’est pourquoi, soulignent-ils, les deux sens sont fréquemment associés dans le Livre, comme dans cette parole du Très-Haut : « Réfléchissez donc, ô vous … »