Aussi, puisque le cœur est le réceptacle du savoir, que l’ouïe en est le messager qui le lui apporte et que l’œil en est l’avant-garde, le cœur règne en souverain sur tous les autres membres ; il ordonne et ils obéissent, il les dirige et ils se soumettent de bon gré, grâce à la science dont il est pourvu alors qu’ils en sont démunis. C’est pourquoi il est leur roi et celui qu’ils doivent suivre.
De même, le savant tient parmi les hommes la place que le cœur occupe parmi les organes.
Or la bonne santé des membres dépend de la droiture de leur roi et de celui qu’ils écoutent, tout comme leur corruption découle de sa corruption ; telle est la situation des gens vis-à-vis de leurs savants et de leurs souverains. L’un des pieux prédécesseurs a dit : « Deux catégories : si elles se réforment, le peuple se réforme (1) ; et si elles se corrompent, le peuple se corrompt : les savants et les gouvernants » (2).
ʿAbd Allâh ibn al-Mubârak déclara :
« Qui donc a perverti la religion, sinon les rois
et les mauvais docteurs, et leurs moines ? » (3)
Et parce que l’ouïe et la vue possèdent une faculté de perception que n’ont pas les autres organes, elles ont été placées dans la partie la plus noble de l’être humain : son visage. Elles comptent ainsi parmi ce qu’il possède de plus excellent en membres, organes et bienfaits.