Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Aussi, puisque le cœur est le réceptacle du savoir, que l’ouïe en est le messager qui le lui apporte et que l’œil en est l’avant-garde, le cœur règne en souverain sur tous les autres membres ; il ordonne et ils obéissent, il les dirige et ils se soumettent de bon gré, grâce à la science dont il est pourvu alors qu’ils en sont démunis. C’est pourquoi il est leur roi et celui qu’ils doivent suivre.

De même, le savant tient parmi les hommes la place que le cœur occupe parmi les organes.

Or la bonne santé des membres dépend de la droiture de leur roi et de celui qu’ils écoutent, tout comme leur corruption découle de sa corruption ; telle est la situation des gens vis-à-vis de leurs savants et de leurs souverains. L’un des pieux prédécesseurs a dit : « Deux catégories : si elles se réforment, le peuple se réforme (1) ; et si elles se corrompent, le peuple se corrompt : les savants et les gouvernants » (2).

ʿAbd Allâh ibn al-Mubârak déclara :
« Qui donc a perverti la religion, sinon les rois
et les mauvais docteurs, et leurs moines ? » (3)

Et parce que l’ouïe et la vue possèdent une faculté de perception que n’ont pas les autres organes, elles ont été placées dans la partie la plus noble de l’être humain : son visage. Elles comptent ainsi parmi ce qu’il possède de plus excellent en membres, organes et bienfaits.

(1) Le manuscrit Q porte «saʾir an-nâs» («tous les gens») aux deux occurrences. (2) Rapporté dans une version proche par Abû Nuʿaym, Hilyat al-awlîyâʾ, 7/5, d’après Sufyân al-Thawrî. Une version marfûʿa, attribuée à Ibn ʿAbbâs, est également citée par Tamâm, al-Fawâʾid, 3/102 (section al-Rawḍ), par Abû Nuʿaym, Hilya, 4/96, et par Ibn ʿAbd al-Barr, al-Jâmiʿ, 1/641, avec une chaîne de transmission très faible. Voir encore : al-Mughnî ʿan Ḥaml al-Asfâr, 1/13 ; al-Ḍaʿîfa, n° 16. (3) Extrait de vers célèbres qui lui sont attribués ; cf. Hilyat al-awlîyâʾ, 8/279 ; Shuʿab al-îmân, n° 6918 ; Muʿjam Ibn al-Muqriʾ, n° 1205 ; Jâmiʿ bayân al-ʿilm, 1/638, et d’autres sources.
ولمَّا كان القلبُ هو محلَّ العلم، والسمعُ رسولُه الذي يأتيه به، والعينُ طليعتُه؛ كان مَلِكًا على سائر الأعضاء، يأمرُها فتأتمرُ لأمره، ويصرفُها فتنقادُ له طائعة، بما خُصَّ به من العلم دونها، فلذلك كان مَلِكَها والمطاع فيها. وهكذا العالِمُ في الناس كالقلب في الأعضاء. ولمَّا كان صلاحُ الأعضاء بصلاح مَلِكِها ومطاعها، وفسادُها بفساده؛ كانت هذه حال الناس مع علمائهم وملوكهم، كما قال بعض السلف: «صنفان إذا صلحا صلحَ الناس (١)، وإذا فسدا فسدَ الناس: العلماءُ والأمراء» (٢). قال عبد الله بن المبارك: وهل أفسدَ الدِّينَ إلا المُلوكُ ... وأحبارُ سوءٍ ورهبانُها (٣) ولمَّا كان للسمع والبصر من الإدراك ما ليس لغيرهما من الأعضاء كانا في أشرف جزءٍ من الإنسان وهو وجهُه، وكانا من أفضل ما في الإنسان من الأجزاء والأعضاء والمنافع.
(١) (ق): «سائر الناس». في الموضعين. (٢) أخرجه بنحوه أبو نعيم في «الحلية» (٧/ ٥) عن سفيان الثوري. ورُوِي بلفظه مرفوعًا من حديث ابن عباسٍ، أخرجه تمام في «الفوائد» (٣/ ١٠٢ - الروض)، وأبو نعيم في «الحلية» (٤/ ٩٦)، وابن عبد البر في «الجامع» (١/ ٦٤١) بإسنادٍ شديد الضعف. وانظر: «المغني عن حمل الأسفار» (١/ ١٣)، و «الضعيفة» (١٦). (٣) من أبياتٍ مشهورة تروى عنه، في «الحلية» (٨/ ٢٧٩)، و «شعب الإيمان» (٦٩١٨)، ومعجم ابن المقرئ (١٢٠٥)، و «جامع بيان العلم» (١/ ٦٣٨)، وغيرها.

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