Allah — exalté soit-Il — dit : « Lorsque tu récites le Coran, Nous plaçons entre toi et ceux qui ne croient pas en l’au-delà un voile invisible (45). Nous mettons sur leurs cœurs des enveloppes les empêchant de le comprendre, et dans leurs oreilles une lourdeur ; et lorsque, dans le Coran, tu mentionnes ton Seigneur, Lui Seul, ils s’en retournent en fuyant (46). » [al-Isrâ’, 45-46]
Il nous informe ainsi qu’Il leur a refusé la compréhension de Sa parole — cette perception dont bénéficie celui qui la saisit —, sans pour autant les priver de la faculté d’entendement sur laquelle se fonde la preuve portée contre eux. Car s’ils n’en avaient rien compris du tout, ils ne se seraient pas enfuis en tournant le dos quand l’unicité d’Allah (tawḥîd) était mentionnée. Or, leur fuite au seul rappel du tawḥîd prouve qu’ils saisissaient bien le discours, et que ce qui recouvrait leurs cœurs était semblable à ce qui obstruait leurs oreilles.
Il est évident qu’ils n’ont pas totalement perdu l’ouïe au point d’être semblables à des sourds ; c’est pourquoi Allah leur dénie parfois l’audition et, à d’autres endroits, la leur attribue. Il dit : « Si Allah avait vu en eux quelque bien, Il leur aurait fait entendre » [al-Anfâl : 23]. Or, ils ont bel et bien entendu le Coran, et le Messager a reçu l’ordre de le leur faire entendre. Il dit encore : « Et ils diront : “Si nous avions écouté ou raisonné, nous ne serions pas parmi les gens de la Fournaise.” » [al-Mulk : 10]. L’audition qui leur est niée ici est celle de la compréhension et du discernement ; le sens est : si Allah avait vu en eux quelque bien, Il leur aurait accordé une écoute dont ils auraient tiré profit, à savoir l’intellection du sens. Autrement, ils l’ont bel et bien entendue, cette audition qui établit la preuve contre eux ; mais, parce qu’ils l’ont écoutée avec une haine farouche, une aversion et un rejet, ils ne l’ont ni comprise ni assimilée.
Lorsqu’un homme éprouve une répulsion extrême pour un propos, il n’en saisit pas la portée ; on le tient dès lors pour l’égal de celui qui ne l’a pas entendu. Allah — exalté soit-Il — dit : « Ils n’étaient pas capables d’entendre et ils ne voyaient pas » [Hûd : 20], niant ainsi qu’ils aient la capacité d’entendre alors que leurs sens, eux, demeurent intacts.